F-16. Steven Vandeput, le mari trompé

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Le ministre de la Défense a-t-il été délibérément trompé par l’armée? C’est la question du moment.

La réponse est oui. Steven Vandeput a été trompé par l’armée qui ne lui a pas donné tous les chiffres à propos du F-16. C’est du moins ce qu’on peut tirer comme conclusion de la journée d’hier au parlement. On a donc appris que des rapports montrent qu’il est possible de prolonger les F-16. On a aussi appris qu’ils ont été cachés par l’armée au ministre. Le ministre a donc été trompé, la question c’est : qui exactement l’a trompé? Et est-ce que c’était intentionnel, dans le but de favoriser le remplacement du F-16 par le F-35? 

En attendant, Steven Vandeput est dans une situation très difficile. Puisque l’opposition socialiste flamande a donc eu accès à des informations que lui n’avait pas. Il apparaît comme un ministre faible, qui subit des décisions et qui cherche à cacher l’évidence. Le F-35 est le chouchou de l’armée, et sans doute de la N-VA et d’une bonne partie du CD&V. 

Cela remet-il en cause la procédure de renouvellement des F-16 ?

Et bien en fait non. L’option de prolonger les F-16 ou d’en acheter d’occasion a déjà été discutée. L’armée n’en veut pas, et à priori, le gouvernement non plus. On peut discuter sans fin des chiffres et des options. Le fait est que la Belgique s’est engagée auprès de ses alliés de l’OTAN à acquérir des avions de combat de la dernière génération. Ce qui veut dire quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte, remplacer le F-16. Mais encore faut-il se mettre d'accord entre partenaires de coalition, entre le MR et les partis flamands, ce qui est loin d'être gagné. La Belgique a déjà pris du retard. Le remplacement du F-16 est une question beaucoup plus stratégique et industrielle que technique et comptable.

Le comptable de Hasselt

Donc sur le fond du dossier, ce rapport ne change rien. Sauf démontrer que si le gouvernement ne se met pas d'accord d'ici juillet, il lui restera une option, prolonger les F-16. La sortie de ces rapports n'est sans doute pas anodine. Elle indique une porte de sortie éventuelle en cas de non décision. 

Autre conséquence, affaiblir Steven Vandeput et la procédure de remplacement qu’il a lancée. Lui, le comptable de Hasselt, qui est arrivé à l’armée avec l’intention d’incarner l'efficacité du manager à chaussures pointues. Fini les soupçons d’influence, voire de corruption autour des achats militaires. Très bien! Mais il a voulu dépolitiser l’achat militaire. Comme si l'armée était une entreprise qui devait remplacer sa flotte de véhicules.

Mais c’est une illusion. En matière militaire, il n’y a pas d’achat neutre. Tout est politique. Qu’est qu’on achète? Pourquoi on achète? À qui on achète? À quelle industrie cela profite? Ce n’est pas du management, c’est de la politique. Cette affaire révèle que certains à l’armée ont compris cela mieux que lui.

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK