Et le coronavirus créa des motards

Moto la plus vendue après un scooter, la R 1250 GS fait figure d'exception avec sa grosse cylindrée et ses 18 750 euros hors option !
Moto la plus vendue après un scooter, la R 1250 GS fait figure d'exception avec sa grosse cylindrée et ses 18 750 euros hors option ! - © Tous droits réservés

En 2020, tout le secteur des transports a senti l'effet de la crise. Tout ? Non. Une petite poignée d'irréductibles ont réussi à tirer leur épingle du jeu : les vendeurs de motos. Quand les immatriculations automobiles ont chuté de plus de 21%, celles des deux-roues motorisés ont crû de 3,5%. Inespéré ? Peut être, mais certainement pas inexpliqué...

 

Confinement, soleil et Euro 5

En mars, alors que le confinement et l'interdiction de circuler sont décidés, il fait beau. Température agréable et ciel bleu pendant quatre mois : une situation exceptionnelle qui par nature favorise la pratique de la moto. Toujours considéré principalement comme un hobby, l'usage de ce type de véhicule reste fortement influencé par la météo. Sauf que pendant des semaines, la vente et l'utilisation de motos a été mise à l'arrêt forcé (sauf pour les secteurs essentiels) et les usines du monde entier ont arrêté de produire. Les perspectives d'une année faste se sont vite évaporées comme l'eau de la Lesse en pleine canicule. 

Mais l'espoir est vite revenu car les balades à moto ont été parmi les premières à être autorisées, ce qui a sans doute suscité un peu d'envie de la part d'une partie de la population. Et précipité l'une ou l'autre décision d'achat.

Par ailleurs, la promiscuité forcée dans les transports en commun a refroidi bon nombre d'usagers. C'est une évidence : on a moins de chance d'attraper le Covid 19 seul sur une moto que dans un bus bondé.

Enfin, l'annulation de nombreuses vacances chez les citoyens a permis de libérer un budget "plaisir". Beaucoup ont donc craqué, franchi le pas et acheté leur gros cube. Indirectement, la crise a donc été un facteur déclenchant.

Toutes ces raisons cumulées ont abouti à un rush sans précédent dans les concessions lorsqu'elles ont pu rouvrir. Et malgré l'été caniculaire et l'automne maussade, les ventes de deux-roues motorisés ne se sont pas essoufflées jusqu'en fin d'année, affichant même une hausse de... 93% en décembre par rapport à la même période un an plus tôt. Une augmentation stupéfiante qui ne s'explique ni par le Covid, ni par le climat, ni par les vacances annulées mais bien par les normes européennes de rejets polluants.

En 2021, toutes les motos neuves vendues doivent satisfaire aux normes Euro 5. Or, plusieurs constructeurs disposaient encore de stock de machines ne répondant pas à ces critères. Ils ont alors décidé de les immatriculer à leurs frais avant la date limite afin de les revendre d'occasion en 2021. C'est pour cela qu'on trouve étonnement cinq modèles KTM dans les six premières places des ventes en ce dernier mois de l'année.

Voilà pourquoi, avec 25.807 nouvelles immatriculations, le marché de la moto affiche une bonne santé légèrement surévaluée. 

 

Le scooter tire le marché

On rappellera que si l'année 2020 a été catastrophique pour le secteur automobile, avec seulement 431.491 voitures immatriculées, c'est toujours 17 fois plus que de motos ! Et quand on dit "motos", on doit impérativement étendre la catégorie aux scooters. Car ce sont eux qui se taillent la part du lion. Le 125cc, accessible sous certaines conditions par les détenteurs de permis auto, représente pas moins de 29% du marché ! Un marché qui est dominé par un autre scooter : le Piaggio Vespa GTS 300. D'accord, il est doté d'un plus gros moteur, mais ça reste un scooter, engin de déplacement urbain et périurbain par excellence. La première "vraie" moto arrive en deuxième position. Sans surprise, il s'agit de la BMW R 1250 GS Adventure, qui devance une autre Vespa, mais 125cc celle-là. Et si BMW n'avait pas eu l'idée de diviser son modèle phare GS 1250 en deux versions (Adventure et normale), la GS aurait très largement pris la tête du classement puisque la version standard se retrouve au pied du podium. Ouf, l'honneur est sauf !

Que retenir d'autre dans ce marché en constante évolution ? Que la catégorie "custom" est en voie d'extinction avec la première représentante, la japonaise Kawasaki Vulcan 650, pointant en 33ème position. La première Harley-Davidson n'étant que 42ème. Mais c'est toujours mieux que la catégorie des sportives, qui boit le calice jusqu'à la lie au grand dam de l'auteur de ces lignes. L'heure n'est plus aux machines surpuissantes à une époque où rouler à 30 km/h devient la norme à Bruxelles. La BMW S1000 RR, première représentante du segment, se classe 70ème...

Le gros du marché est constitué de modèles de moyenne cylindrée, entre 650 et 900 cc, des roadsters et trails routiers abordables, capables de convenir à l'immense majorité des motards, débutants ou confirmés.

Alors oui, la moto a tiré son épingle du jeu l'an dernier bien mieux qu'espéré. Mais avec des modèles plus petits et moins onéreux, la marge bénéficiaire pour les revendeurs est aussi réduite. Et malgré la hausse des ventes, l'utilité démontrée dans la circulation actuelle et son tarif relativement abordable (sauf à aller piocher dans le haut de gamme), la moto et le scooter restent cantonnés à un marché de niche. D'aucun avanceront que ça reste dangereux, peu pratique pour transporter la famille et même désagréable sous le froid et la pluie. Piètres arguments vite balayés par les avantages procurés dont le plaisir de conduite arrive en tête. Et c'est un motard parfaitement objectif (ou presque) qui vous le dit ! 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK