Entre communisme et droits humains, le PTB doit-il choisir ?

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La répression des Ouïgours par la Chine s’invite en politique belge. Le groupe Ecolo-Groen demande la reconnaissance du "génocide" de cette minorité musulmane en Chine. Derrière cette cause noble, il y a aussi des enjeux plus terre à terre, mettre le PTB en difficulté.

Débat international

Les Ouïgours sont des Chinois de confession musulmane qui vivent en Chine. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent des exactions massives contre leurs droits. Amnesty International ou Human Right Watch, pour ne citer qu’eux, accusent la Chine d’avoir fait interner jusqu’à un million de Ouïghours dans des camps. Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch :

Au Xinjiang, Pékin a mis en place à l’encontre des Ouïghours et des autres musulmans turciques le système de surveillance le plus intrusif au monde, associé à la détention de plus d’un million de personnes soumises à un endoctrinement forcé.

Pour les organisations de défenses des droits humains ces déportations forcées s’accompagnent de mauvais traitements. La BBC parle de viols systématiques des femmes et d’un programme de stérilisation forcée. La répression s’invite dans la rivalité géostratégique entre la Chine et les Etats Unis. Les Etats Unis évoquent désormais un génocide en cours. La Chine parle d’établissement de formation professionnel et nie tout mauvais traitement.

Les Ouïgours à la chambre… Et à Charleroi

A la chambre Ecolo annonce une motion pour reconnaître un génocide en cours. De manière un peu plus étonnante, le cas des Ouigours déboule aussi dans la ville de Paul Magnette, le président du PS. A Charleroi une motion déposée par le PS a été votée en conseil communal à l’unanimité, moins les voix du PTB qui s’est abstenu.

Le parti de Raoul Heddebouw explique son abstention par l’opacité qui régnerait autour des sources. Des sources qui seraient trop proches du gouvernement américain, ou qui se seraient parfois révélées carrément fausses. Quoi qu’il en soit, le PTB est en difficulté. Il est assez clair que la préoccupation du PS carolo pour les droits humains se couple d’une autre, montrer que le PTB a des difficultés avec les droits humains et est toujours un parti communiste proche de la Chine.

Une longue liste d’abstention

Ce n’est pas le premier cas du genre. Il y a quelques jours le parlement de Wallonie a voté une résolution appelant à libérer la journaliste chinoise Zhang Zhan emprisonnée après avoir diffusé des informations sur les débuts de l’épidémie de Covid à Wuhan. Là aussi le PTB s’est abstenu. Le PS a fait savoir à renfort de campagne sur les réseaux sociaux.

 

Si on remonte un peu plus loin, le même isolement a été observé en juin dernier à propos d’une résolution à la Chambre visant à augmenter l’apport financier de la Belgique pour gérer la situation humanitaire dans la région d’Idlib en Syrie.

Une menace pour le PTB ?

Est-ce que ces abstentions délicates peuvent mettre le PTB en difficulté ? Sans doute mais à la marge, car ces questions internationales percolent assez peu dans l’opinion et en particulier dans l’électorat de base du PTB qui est moins diplômé et moins favorisé socio-économiquement. Pour cet électorat, c’est le positionnement du PTB sur le social qui compte. Sur ce point, le PS et même Ecolo ont un problème puisqu’une récente étude de Solidaris montre que désormais en Wallonie le parti le plus crédible pour défendre la sécu, c’est le PTB.

Par contre, dans les milieux de gauche plus diplômés et aux revenus plus élevés, ces questions peuvent jouer. On se souvient que le PTB avait été très embêté il y a quelques années après la découverte d’une résolution de soutien aux camarades du parti communiste de Corée du Nord. Le PTB avait mis du temps à s’expliquer, et à dire qu’il oppose le site internet du parti "à la Corée du Nord militariste et dynastique".

Ces questions internationales placent le PTB dans une tension entre les droits humains et une position anti-impérialiste antiaméricaine. Un conflit classique de la guerre froide. Cette tension replace à l’avant-plan la question : le PTB est-il vraiment un parti démocratique comme les autres ? C’est-à-dire un parti qui subordonne son idéologie politique aux droits humains considérés comme un bien suprême.

Autrement dit, la question qui est posée c’est : est-ce que le communisme du PTB est une valeur supérieure aux droits humains ? Le PTB refuse de s’enfermer dans cette opposition qui est pourtant aussi vieille que Karl Marx lui-même. Habitué aux slogans parfois très simples dans les dossiers belges, le PTB en matière internationale doit céder la place à des explications longues et complexes sur les nuances de l’anti-impérialisme.

C’est un des rares points ou les partis de gauche classique sont en mesure de mettre le PTB en difficulté du haut de sa tribune dans l’opposition.

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