Elle n'est pas belle la vie sans gouvernement ?

Elle n’est pas belle la vie sans gouvernement ?
Elle n’est pas belle la vie sans gouvernement ? - © Tous droits réservés

"L’économie belge résiste étonnamment bien pour le moment". C’est ce que dit la banque nationale. Pourquoi "étonnamment" ? Car nous n’avons pas de gouvernement de plein exercice, seulement un gouvernement démissionnaire et ultra-minoritaire en affaires courantes. Mais c’est encore plus étonnant car l’économie se contracte sévèrement ailleurs et surtout en Allemagne. Sur les trois derniers trimestres, soit 9 mois sans gouvernement, notre croissance a été un peu plus forte que la moyenne européenne. Or, avant la chute du gouvernement Michel c’était l’inverse, nous étions moins performants que la moyenne européenne.

On est donc tenté de conclure que l’absence de gouvernement n’est pas mauvaise pour l’économie et le portefeuille des Belges. C’est même l’inverse. C’est assez interpellant d’autant que la même chose s’était produite lors de la crise des 541 jours en 2010-2011. Quasiment tous les indicateurs économiques se sont dégradés quand le gouvernement Di Rupo est entré en fonction. Tous les indicateurs, sauf un, le fameux spread. C’est la différence entre les taux auquel la Belgique empruntait par rapport à l’Allemagne. Il a commencé à s’emballer ce qui signifiait que la confiance des marchés dans la solvabilité de la Belgique s’étiolait. Le gouvernement Di Rupo à ensuite redresser la barre. Cette année, point de problème de spread, la Belgique emprunte parfois à des taux négatifs.

Pas d’inquiétude ?

Ce qu’observe la banque nationale c’est que l’absence de gouvernement a un effet anticyclique. Comme en 2010, l’économie est en cycle de contraction. Or ce qui se passe dans ce cas c’est que les recettes de l’état baissent. Le gouvernement en place, réduit alors les dépenses, ou augmente les impôts ou s’endette. Généralement il fait un peu des trois ce qui a pour effet de renforcer le cycle négatif de l’économie.

Or, ici le gouvernement en affaires courantes ne peut ni réduire les dépenses, ni augmenter les impôts, il ne peut que s’endetter. Résultat le cycle n’est pas renforcé. Nous vivons toujours sur les aspects positifs de certaines mesures du gouvernement Michel (le tax shift, les réductions de cotisation pour les entreprises), mais sans les effets négatifs sur le budget de l’Etat. Or ce prix il se paye malheureusement toujours à long terme.

L’endettement inquiète la banque nationale

Avec une dette supérieure à 100% du PIB et l’augmentation des dépenses primaires la situation n’est pas durable. A terme, il faudra soit trouver de nouvelles recettes, et massivement (recette de gauche). Soit couper dans les dépenses et massivement (recette de droite). Si un jour on a un gouvernement, il sera de coalition très large, donc on fera un peu des deux. L’effet anticyclique s’arrêtera, la parenthèse se refermera, jusqu’à la prochaine formation de gouvernement.

Temps perdu

Il y a un autre élément plus complexe à appréhender et qui risque de nous coûter encore plus cher que la dette. C’est celui du temps perdu. Le temps perdu pour préparer l’Etat et la société belge aux changements rapides de l’économie. En 2007, Apple sort l’Iphone, Yves Leterme gagne les élections sur 5 minutes de courage politique. En 2010, Uber et Facebook commencent leur conquête du monde, nous discutons de la sixième réforme de l’Etat. En 2019, nous revoilà à perdre notre temps alors que nous mesurons tous combien le nombrilisme institutionnel et le manque d’anticipation nous ont rendus plus vulnérables aux sursauts du monde. Une vulnérabilité qui crée une angoisse ou une colère qui fait le lit des partis antisystème comme le Vlaams Belang. L’absence de gouvernement fédéral, même s’il ménage l’économie a court terme, est avant tout un poison lent pour la démocratie.

 

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