Elisabeth, com' un air de reine

Elisabeth, reine avant l’heure
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La majorité de la princesse Elisabeth fait l’objet d’une intense campagne de communication du Palais. Pourquoi une telle débauche d’attention ? Ça vaut la peine de décrypter ce qui se passe. Car au fond, elle a simplement 18 ans. Pourquoi la majorité de la future reine devient-elle subitement un rite public ?

Il faut rappeler que cela s’inscrit dans la fonction première de la maison royale, la fonction de conservation. Autrement dit, durer. Durer dans le temps. Que passent les premiers ministres, les gouvernements, les modes, le palais doit rester. Tous les efforts des monarchies en Europe sont dévoués à ce seul objectif conserver ce privilège écrasant que l’histoire leur a légué, devenir chef d’État par la grâce de la naissance. À l’age démocratique, justifier un tel privilège demande pas mal d’efforts. Puisqu’ils n’ont plus de pouvoir, leur unique moyen de se préserver c’est de plaire et donc de maîtriser leur image.

Professionnalisation

La célébration de la majorité d’Elisabeth est donc un acte politique de la part du Palais. En l’intronisant comme la future reine de Belgique le Palais démontre sa volonté de durer. Et pour ça il doit séduire et convaincre l’opinion.

Deux menaces planent sur la survie de la maison royale. Le risque "fransquillon", c’est-à-dire apparaître comme trop francophone en Flandre, et le risque d’inutilité, c’est-à-dire apparaître comme trop cher et dépassé aux yeux de la population.

Face au danger nationaliste le palais répond en envoyant Elisabeth suivre toute sa scolarité obligatoire en néerlandais, à Sint Jan Berkmans à Bruxelles. Elisabeth est programmée pour tenter de casser cette mauvaise image en Flandre, ce qui est la menace la plus sérieuse qui pèse sur la maison royale.

Face à la menace d’inutilité, la maison royale met en scène sa professionnalisation. La communication est donc très maîtrisée. Son premier discours à 14 dans les trois langues, la première visite surprise au Kenya il y a quelques mois, le choix de ses études au Pays de Galle, la cérémonie, le timbre officiel. Tout ça construit l’image d’une princesse pro.

Les sous…

Une princesse assez pro pour sentir monter la méfiance envers les élites qu’elle incarne plus que tout. Très intelligemment, elle refuse la dotation de 920.000 euros par an à laquelle elle avait droit durant au moins la durée de ses études. La famille royale, discréditée par les polémiques autour de Laurent, ne souhaite qu’on lui reproche de se gaver au frais de la princesse (hum). En tout cas, ça lui évitera le reproche de profiter indûment de l’argent public comme si elle dirigeait un comité de secteur de Publifin.

Tout est fait pour qu’elle apparaisse comme une chef d’État qui mérite son rang. Pour faire oublier qu’elle est une reine par naissance et qu’il n’y a rien de moins méritocratique et démocratique que la monarchie. Ceci met en lumière le contrat tacite qui lie les monarchies européennes à leurs populations. L’exception au récit dominant d’égalité des chances n’est acceptée que si la monarchie est aussi efficace que les autres chefs d’Etat, tout en apportant un supplément d’âme. La princesse Elisabeth est là pour prolonger le contrat.

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