Elio di Rupo, pour l'histoire

Elio di Rupo, pour l’histoire
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Oui, il y a des moments où l’histoire politique s’accélère. On vit un de ces moments. Elio di Rupo annonce la date de son retrait de la présidence du PS et Paul Magnette se déclare officiellement candidat. Bien sûr, on savait que le Prince Charles allait devenir roi un jour. Mais il faut mesurer combien ce passage de témoin s’inscrit dans une série de décisions qui vont changer radicalement le plus grand parti francophone. Comme si avant de partir, Elio di Rupo, de concert avec Paul Magnette, avait procédé à une remise en ordre.

Nouvelle génération

D’abord c’est la montée d’une nouvelle génération politique. Caroline Désir, Christie Morreale, Frédéric Daerden, Pierre Yves Dermagne. Fini les gouvernements de barons qu’Elio di Rupo avait parfois servis à la Wallonie. Le féodalisme politique semble reculer. Ce féodalisme, fait d’obligés, de clans, de sous localisme aux petits pieds. C’est ce féodalisme qui a conduit au furoncle de mauvaise gouvernance qu’est Nethys/Publifin. Un furoncle qui continue de déverser son pus a intervalle régulier. La nouvelle équipe semble vouloir solder les comptes du passé. Une tendance post-publifin s’est imposée au PS. C’est un tournant au moins aussi important que le changement de présidence.

Nettoyage des écuries

Si Elio di Rupo a tenu 20 ans à la tête du PS c’est parce qu’il a un instinct politique nettement au-dessus de la moyenne. Sentir l’opinion publique, sentir les campagnes, sentir les adversaires. Mais aussi, et surtout, sentir son parti. Il a su mieux que personne composer avec les différentes tendances au sein du PS. Ce pragmatisme complet, ce sens de la stratégie est aussi, en partie, à l’origine des maux actuels du PS. Tant lors des affaires de Charleroi que celle de Publifin Elio di Rupo s’est heurté à l’autonomie des fédérations, au pouvoir des barons qu’il n’a pas pu, ou pas voulu affronter (sans doute un mélange des deux). C’est toujours parce qu’il était sous pression, acculé, qu’avec le temps les choses se sont réglées. Ce qui a parfois laissé un souvenir d’inaction, ou de passivité. Le “j’en ai marre des parvenus” de 2005 est resté trop longtemps un slogan.

Le casting du PS 2019 peut laisser penser qu’Elio di Rupo a soldé ce passé-là. Il aura 5 ans à la tête de la région pour le prouver.

Paul Magnette nouveau Di Rupo ?

Le contexte est donc plutôt favorable pour que Paul Magnette change le fonctionnement et le visage du PS. Mais quelle sera sa marge de manœuvre ? Pas simple de répondre à cette question. Car Paul Magnette a reçu un avertissement en juillet 2017 à l’Eau d’Heure. Croyant pouvoir forcer la main à Elio di Rupo, il avait présenté une motion pour le décumul intégral député bourgmestre qui s’est fait rembarrer par une majorité des membres emmenés par des bourgmestres peu convaincus par l’urgence du changement. Ce jour-là Elio di Rupo a sauvé la fin de sa présidence qui vacillait sérieusement.

Paul Magnette va donc devoir lui aussi avancer avec prudence, composer, donner des gages aux barons, tendances, sous-régions. Il va devoir faire ça tout en gérant des négociations fédérales historiquement compliquées, et une gauche radicale historiquement forte. Historique, pour une fois ce mot n’est pas de trop.


 

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