E-change. Le centre est mort, vive le centre !

Bertrand Henne
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E-change est donc officiellement né. Ce mouvement peut-il changer la politique francophone?

Personne n’oserait parier sur l’avenir. S'il y a bien une seule chose sur lequel on oserait parier aujourd’hui, c’est l’instabilité. Les lignes bougent très vite. Baudouin Meunier, un des fondateurs dit partout qu’il s’agit d’un groupe, d’une plateforme qui veut mobiliser au delà des clivages. Très bien, mais c’est très vague. Difficile donc de savoir quelle sera l’influence de ce mouvement. L’idée globale, c’est de relayer des préoccupations citoyennes vers les politiques, vers les partis. Un engrenage supplémentaire entre partis et citoyens.

Très bien, mais la Belgique se caractérise déjà par le nombre et la force de toutes ces structures intermédiaires, de tous ces engrenages entre la masse citoyenne et les partis, les syndicats, les associations représentatives diverses et très variées. Trouver sa place ne sera pas facile

Qu’est-ce qui pourrait faire que ça marche?

Il y a tellement d'engrenages politiques en Belgique que la machine aujourd’hui est très largement bloquée. Il y a clairement un problème dans la mécanique. Prenez l’enseignement par exemple, on a l’impression que personne n’arrive à avoir de prise, de solution pour améliorer les choses.

Mais il n'y a pas que la mécanique. La politique francophone est, c’est peu de le dire, très largement malade. En panne de résultats, en panne de leaders, en panne d’inspiration. Il y a un désenchantement démocratique profond, qui parcourt l’Europe et qui nous frappe nous aussi. En ce sens, il y a un terreau pour du neuf, pour de l'expérimentation démocratique.

Qu’est-ce qui pourrait faire que ça échoue?

Pour l’instant (pas de procès d’intention, cela peut évoluer), E-change est un club de démocrates-chrétiens en mal de relais. E-change est en effet très largement dominé par ce qu’on pourrait appeler des chrétiens de gauche (Jean-Michel Javaux, Alda Gréoli, Marie-Hélène Ska, Barbara Trachte, Didier Gosuin, Opaline Meunier). Or, le courant démocrate-chrétien, autrefois puissant en Wallonie via le PSC, est aujourd’hui en crise. Il est dispersé, éclaté entre les différents partis, désorganisé avec un cdH qui s'efface inexorablement. E-change apparaît, pour l’instant, comme une tentative de réorganisation de l'influence sociale chrétienne. Toute l'histoire de la démocratie chrétienne est celle de tenter d'incarner une alternative au clivage entre marxistes et libéraux. E-change est une nouvelle expression de ce projet centriste aujourd'hui malmené. Et cela pose la question : faut-il encore un parti du centre pour défendre le centre? Une plateforme d'influence comme E-change qui irriguerait les partis à gauche et à droite peut-elle mieux y arriver? Le centre est mort, vive le centre! 

L’autre écueil, c’est l’entre-soi. Pour l’instant, E-change est peu représentatif de la diversité de la société, il est peu nombreux. On a beau fustiger les partis, ils défendent évidemment des intérêts partisans, mais plusieurs d’entre eux parviennent encore à faire se rencontrer des universitaires et des ouvriers, des employés et des patrons, des jeunes et des vieux, des autochtones et des allochtones. Ce n'est pas le cas d'E-change aujourd'hui qui est très essentiellement démocrate-chrétien, blanc et universitaire. La question pour E-change c'est donc comment passer d’un Lions Clubs d’optimistes motivés à un mouvement populaire, seule condition d’un éventuel succès? 

 

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