Du "grand remplacement" à "Christchurch": quel rôle pour les médias?

Du "grand remplacement" à "Christchurch": quel rôle pour les médias?
Du "grand remplacement" à "Christchurch": quel rôle pour les médias? - © Tous droits réservés

Les attentats de Christchurch ont ébranlé la Nouvelle-Zélande et le monde. Le terroriste s'est exprimé au travers d'un manifeste sur ses motivations. Il y évoque la théorie fumeuse du "Grand remplacement" conceptualisée en France et surtout banalisée en France. C’est là, en effet, que l’assaillant dit avoir trouvé l’inspiration pour passer à l’acte en Nouvelle-Zélande. Il y a eu de nombreux blessés et 50 personnes ont lâchement été tués par cet homme, qui quelques heures avant la tuerie, a publié un manifeste intitulé "The great replacement", référence directe aux élucubrations de Renaud Camus.

Cet extrémiste de droite théorise le remplacement de la population "de souche" européenne par une population extra-européenne.  Camus y oppose le "eux", les envahisseurs arabo-musulmans et le "nous" français européens de souche. Ce prétendu concept a été porté dans les médias par des politiques de la droite et de l’extrême droite ou par des intellectuels comme Alain Finkelkraut. L’éminent sociologue Pierre Bourdieu avait déjà pointé ce problème : "Actuellement, un des grands obstacles à la connaissance du monde social, ce sont eux (ces intellectuels). Ils participent à la construction de fantasmes sociaux qui font écran entre une société et sa propre vérité".

Et n’est-ce pas souffler sur les braises que d’offrir le tapis rouge sur les ondes ou à la télé à des personnes qui portent des propos qui attisent la haine et la peur de l’autre ? Tous ces débats où l’on polarise, où l’on oppose les points de vue jusqu’à la caricature sur les plateaux alimentent régulièrement la peur de l’autre :  halal, hijab de running, visibilité des minarets, prénoms du calendrier chrétien. Tout cela creuse le lit de la haine. Et c’est exactement le but recherché par l’Etat islamique, opposer la société en deux camps.

Traitement médiatique de l'Islam  

On y parle souvent d’invasion, de peur, on titre à coups d’opposition occident versus islam, on souligne le danger communautariste, et ce ne sont que quelques exemples. Manifestement les 50 morts de Christchurch ne changent rien à la donne. Juste après les attentats de Nouvelle-Zélande, David Pujadas sur LCI donnait la parole à Philippe De Villiers ou Robert Ménard des adeptes des théories de Renaud Camus. Pourtant, politologues, démographes, économistes, sociologues ont apporté la preuve que le "Grand Remplacement" était un fantasme. Certains médias ne peuvent pas dénoncer d’un côté les fake news et de l’autre les alimenter. De plus, une étude récente de l'Université d'Anvers confirme que le traitement des attentats commis par des personnes se revendiquant de l’Islam est différent de ceux qui sont le fait de non musulmans. S'il s’agit d’une personne qui se dit musulmane, l'auteur est plus souvent traité de "terroriste". Lors d'attentats terroristes, 75% des auteurs musulmans sont ainsi décrits comme des terroristes, alors que ce chiffre n'est plus que de 26% pour les autres. Il y a dès lors un danger que les gens associent automatiquement et spontanément le terrorisme aux musulmans préviennent les chercheurs, qui ont scruté les attaques perpétrées entre 2001 et 2016. Notons d’ailleurs, que les principales victimes des attaques terroristes dans le monde sont des musulmans.

Association entre terrorisme et musulman

D'après une recherche de suivi expérimental, après avoir lu un article dans lequel le mot "terrorisme" est utilisé, les gens ont moins confiance dans les musulmans et le risque d’association automatique entre terrorisme et islam est présent, alors qu’on voit bien que les terroristes peuvent venir de tout autres sphères politiques. Pour terminer sur une note d’espoir, des signaux de solidarité affluent de partout en Nouvelle-Zélande. Devant la mosquée Al-Nour, une dizaine de motards s’est réunie dimanche pour interpréter un haka symbolique ; une danse maori devant une foule silencieuse. Dans tout le pays, un élan de solidarité interconfessionnelle a été observé, avec des millions de dollars de dons, des achats de nourriture halal pour les victimes. Des fidèles de l’Église anglicane de Christchurch ont prié ce dimanche, la communauté juive a fermé les synagogues samedi. Tous ces gestes sont là pour dire et rappeler aux musulmans : "Vous êtes des nôtres", "Nous faisons société".

 

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