Dépistage du cancer du sein et intelligence artificielle: avancée ou sur-diagnostic

Dépistage du cancer du sein et intelligence artificielle: avancée ou sur-diagnostique
Dépistage du cancer du sein et intelligence artificielle: avancée ou sur-diagnostique - © Tous droits réservés

 

Une innovation technologique liée au dépistage du cancer du sein suscite des questions. Est-ce une avancée ou une dérive vers toujours plus de sur-diagnostic ?  C’est la revue Radiology qui a publié en mai 2019, les travaux des chercheurs du Massachusets Institute of Technology (Cambridge, États-Unis). Cette équipe est parvenue à élaborer un algorithme qui peut prédire l'apparition d'une tumeur du sein jusqu'à quatre ans avant que celle-ci ne soit détectable par l'imagerie.  Ici le message des chercheurs est que l'IA repousse la frontière du visible en détectant sur les mammographies des anomalies tissulaires indétectables ou impossibles à interpréter pour l'œil humain. Dans un article de Sciences et avenir, il est précisé que l’algorithme du MIT a été entraîné grâce aux mammographies de 60 000 patientes prises en charge au Massachussetts General Hospital. En tout, 90 000 images sont venues nourrir l'IA basée sur la technique du deep learning (apprentissage profond). Résultat : le programme calcule le risque que le cancer survienne dans les cinq ans par une analyse fine des tissus.

Un dispositif pour en faire un dépistage standard

En prédisant, qui, développera un cancer, le but est évidemment de sauver des vies et contrer la maladie avant même que les symptômes ne se manifestent. Les chercheurs soulignent l’importance de leur découverte, en pointant que la survie à cinq ans est de 26% pour un cancer du sein métastasé contre 99% si la tumeur est détectée précocement. Ainsi, selon le profil de risque établit pour chaque femme par la machine, le médecin pourrait recommander un nouvel examen dans six mois, un an ou deux ans.

De quoi susciter la controverse

Les controverses sur ce nouveau type de dépistage s’expriment sur le surdiagnostic qui souvent induit un traitement lourd et inutile, voire des mutilations. On parle de surdiagnostic quand on détecte une lésion cancéreuse qui n’aurait jamais évolué ou très lentement. Il est difficile de savoir à partir d’un cliché comment évoluera une tumeur.

On parle de surdiagnostic quand on détecte une lésion cancéreuse qui n’aurait jamais évolué ou très lentement. Il est difficile de savoir à partir d’un cliché comment évoluera une tumeur. Aujourd'hui, sur 2000 femmes, 5 meurent d'un cancer du sein. Lorsque ces 2000 femmes font un dépistage par mammographie, 4 meurent d'un cancer du sein, et une seule voit sa vie prolongée. Mais 200 femmes ont une fausse alerte qui nécessite d'autres examens (échographie, IRM, parfois biopsie) pouvant générer des angoisses, voire des dépressions. En plus, 10 femmes subissent un traitement contre le cancer (chimiothérapie, ablation du sein) alors que les cellules cancéreuses ne se seraient jamais développées. C'est ça le surdiagnostic. Sur ces 10 femmes, une d'elle verrait sa vie raccourcie à cause de ces traitements inutiles. Les bénéfices du dépistage systématique sont aujourd'hui contestés.

Pourtant, dans la nouvelle étude qui utilise l'intelligence artificielle, aucune mention n'est faite de ce surdiagnostic. Les promoteurs de cette étude veulent faire passer ce test à l'ensemble des femmes, sans tenir compte de cet inconvénient majeur Marie-Hélène Lahaye autrice du blog "Marie accouche là" et du livre "Accouchement : les femmes méritent mieux" parle d’obsession des hommes pour contrôler le corps des femmes. En fait, d’autres spécialistes réfléchissent à des améliorations du dépistage pour limiter le surdiagnostic comme des biomarqueurs qui puissent prédire l’agressivité des tumeurs. Autre piste, pour limiter les erreurs de diagnostic, développer la tommographie (mammographie numérique 3D), plus précise mais également plus chère.

@safiakessas

 

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