Déconfinement : rien ne va plus

Déconfinement : rien ne va plus
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La conférence de presse de vendredi, n’a pas convaincu beaucoup de monde. Et le week-end n’a rien arrangé avec des communications multiples et variées qui tranchent singulièrement avec le très large consensus affiché après l’annonce du confinement le 17 mars. Ce jour qui avait fait sortir Sophie Wilmès du lot. Vendredi elle a été ramenée à la nature de sa fonction. Celle de première ministre belge, ce rôle ingrat de porte-parole d’un pays baroque. Rien ne va plus.

Les critiques portent sur le fond et sur la forme. La mauvaise communication d’abord. Le public a eu droit à une conférence de presse comme les journalistes en ont l’habitude. Un ton professoral, sec, des informations brutes très détaillées et très longues, des slides soporifiques. Le public a de quoi se montrer légitimement déçu.

Sophie Wilmès était condamnée à décevoir. D'abord parce que la situation est historiquement complexe à gérer. Rares sont les pays qui échappent aux critiques et au débat. Ensuite, car la communication est à l’image du plan de déconfinement. Complexe, flou et torturé. C’est un équilibre complexe, entre le rapport des experts (qui était déjà le fruit d’un compromis entre les différents spécialistes), les pressions du monde économique, les régions, le fédéral et les partis qui composent les différentes majorités. C’est un compromis de compromis, de compromis qui ne peut pas mettre tout le monde d’accord. En particulier ceux qui comme Ecolo, et même certains au PS et au cdH regrettent que les contacts sociaux ne puissent reprendre qu’après les commerces. Rien ne va plus.

Le flou

Un enseignement de ce Week-end c’est que le déconfinement est loin d’être acquis. Le virologue Marc Van Ranst a rappelé que tout ce beau plan, en particulier la réouverture complète de commerce le 11 mai, n’aura pas lieu si le nombre d’hospitalisations reste au niveau d’aujourd’hui. Cette sortie a suscité la colère du patron du VOKA (patronat flamand) qui lui demande avec beaucoup d’élégance de se taire via Twitter. Marc Van Ranst lui a répondu tout simplement “Nee”.

L’échange illustre le bras de fer qui reste encore largement à venir. Bras de fers au pluriel. Bras de fers entre experts, gouvernements et monde patronal, à propos des critères retenus pour décider oui ou non de rouvrir les commerces. L’extrême complexité du compromis cache mal les arbitrages qui restent à réaliser. Rien ne va plus.

Toujours pas de masques

Autre flou la question des masques, le conseil national de sécurité a annoncé via Sophie Wilmès “garantir que chaque citoyen reçoive gratuitement au moins une protection en tissu normée couvrant la bouche et le nez.”

Oui sauf que finalement non. Le ministre fédéral CD&V Koen Geens qui a en charge la logistique des masques, estime que ce ne sera pas faisable le 4 mai, le jour où ils deviendront pourtant obligatoires dans les transports en communs. On a aussi appris que c’était largement les communes et les régions qui allaient devoir aller au turbin, le fédéral s’occupant surtout des filtres. 

Les informations par rapport à la mise en place des équipes de "suivi de contact" (tracking) vont dans le même sens. Nous ne serons sans doute pas prêts à temps. Ce qui signifie que nous allons sans doute commencer le déconfinement à l'aveugle, ce qui est extrêmement risqué.

Le déconfinement fait débat. C’était prévisible, et c’est le cas dans beaucoup de pays européens. Ce qui est beaucoup plus inquiétant c’est qu’après un mois et demi de confinement, près de trois mois depuis le début de l’alerte pandémique, la Belgique se trouve toujours en bonne partie dans l’improvisation logistique. Le 17 mars, les autorités prenaient la mesure de la crise et donnaient l’impression de maîtriser la situation. Ce 24 avril, rien ne va plus. 

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