Déconfinement et tracing : en route vers le chaos

Déconfinement : en route vers le chaos
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Le début du déconfinement, c’est pour dans cinq jours. Pourtant, nous ne sommes pas encore prêts. On parle beaucoup des masques mais selon les épidémiologistes, le point crucial c’est plutôt l’identification et le suivi des personnes contaminées.

Sur ce point, la Belgique n’est pas très loin. Le déconfinement pourrait être retardé, ou pire, l’épidémie pourrait n’être pas contrôlée.

Logistique

Pour sortir du confinement aveugle, il faut passer à un confinement éclairé. Pour ça il faut une logistique sans faille. Vous êtes malade, vous savez ou aller. Dans votre commune vous trouvez le centre de test. Là, vous êtes accueilli par du personnel formé qui vous teste. Rapidement vous recevez le résultat. Là vous êtes contacté.

C’est positif ? Vous êtes très vite pris en charge. On vous appelle. Vous êtes questionné. Qui avez-vous vu ces derniers jours ? Avec qui vivez-vous ? Tous vos contacts récents sont appelés, confinés eux aussi. Vous devez rester chez vous.

Si ce n’est pas possible, on vous confine dans un centre d’hébergement. Idéalement, on vous suggère d’utiliser une application pour faciliter la prise de contact. Cette chaîne de suivi, elle est évoquée depuis près d’un mois.


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A cinq jours du confinement, ou en est ce projet logistique dantesque ? Pas très loin. Ou vont être situés les centres de test ? On ne sait pas. Qui va s’en occuper ? Pas de réponse. Sur les 2000 personnes qui sont chargées de contacter les malades combien ont été recrutées ? A ce jour : zéro.

Il y a des appels d’offres en cours mais c’est compliqué, nous dit-on. L’application il n’y en a pas pour l’instant. On est très en retard. Or sans le traçage, les épidémiologistes sont formels, le déconfinement est voué à l’échec.

Patate chaude

Comment en est-on arrivé là ? C’est encore en partie mystérieux. Le problème, c’est que la compétence est régionale, au moins en partie. Des divergences seraient apparues. Après les couacs des visites en maisons de repos (là aussi compétences régionales) les Régions auraient hérité de la patate chaude. A elle de se charger du traçage.

Sauf qu’elles n’ont pas d’expertises en la matière, que le testing est fédéral, et que tout est imbriqué. Les Régions se rendent vite compte qu’elles doivent collaborer, et gérer le dossier quasiment comme s’il était fédéral. Une réunion est prévue aujourd’hui, mais le retard accumulé semble bel et bien trop grand. Nous ne serons pas prêts.

Le risque, c’est que le traçage devienne un nouvel échec cuisant du fédéralisme belge au côté par exemple du RER. Quand le chantier du RER prend du retard, ça nous coûte de l’argent. Ici, ça va nous coûter de l’argent et surtout des vies. Nous prenons la route tout droit vers le chaos.

Mutuelles au secours ?

Il n’y aura pas de sortie par le haut sans humilité. Il faut reconnaître qu’on n’y arrivera pas comme ça. Avec de la modestie, on se tournerait vers ce qui existe déjà. Je pense en particulier aux mutuelles. Elles ont des compétences, du personnel, des infrastructures, des bases de données et elles travaillent au niveau national mais ont des structures décentralisées.

Autre atout, elles ont largement la confiance du public. C’est peut-être le moment de mettre en avant une des forces de notre système. Une force qui existait avant le fédéralisme. Et pour beaucoup avant même les partis tel qu’on les connaît aujourd’hui.

Oui les mutuelles pourraient venir au secours d’un système qui risque le naufrage. Car si on rate le traçage, on rate le déconfinement, si on rate le déconfinement, je crains qu’il n’y ait plus grand monde pour croire que ce pays serve encore à quelque chose.


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