De Wever, Houellebecq et la soumission

De Wever, Houellebecq et la soumission
De Wever, Houellebecq et la soumission - © Tous droits réservés

Petit à petit, Bart De Wever impose la question de l’identité à l’agenda politique. Avant les communales, les autres partis sont un peu désemparés. Dernière saillie en date, une phrase sur les juifs moins revendicatifs que les musulmans dans l’espace public. "Les juifs orthodoxes attachent beaucoup d’importance aux signes extérieurs de la foi. Mais ils en acceptent les conséquences. Je n’ai encore jamais vu de juif orthodoxe à un guichet. Ils évitent les conflits. C’est la différence. Les musulmans revendiquent une place dans l’espace public, dans l’enseignement, avec leurs signes de croyance extérieurs. C’est ce qui crée des tensions. " 

Une phrase suffisamment vague pour ne pas être fausse, une phrase trop vague pour être vraie. Du Bart De Wever en plein. Chacun pourra trouver matière à discuter. Et c’est assez logique, cette phrase a été largement commentée. À Anvers en particulier, mais pas que. Paul Magnette, par exemple au PS, estime que ce discours est une forme de racisme.

Anti-mai 68

Cela dit, tout le monde se braque sur cette phrase, mais une autre dans l’interview mérite l’attention… Celle où il dit, je cite, "les gauchistes qui mettaient le feu aux soutiens-gorge en mai 68, embrassent maintenant le port du foulard comme un symbole d’égalité. Je trouve cela interpellant. On a voulu mettre à plat le christianisme, mais l’islam est accepté, j’appelle cela de la soumission"On dirait du Houellebecq ! 

Houellebecq sors de ce corps ! 

Qu’est ce que pointe Houellebecq dans ses romans, en particulier dans son dernier (Soumission)? C’est le malaise des classes moyennes blanches face au désenchantement de la société, face au sentiment de déclin, de déliquescence de l’Occident. Dans une Europe relativiste qui a cassé ses idoles, ses dieux, ses idéologies, l’Islam s’imposerait comme par défaut, pour combler un vide.

Cette angoisse culturelle, jusqu’ici terrain de jeu du seul Vlaams Belang, a été récupérée par Bart De Wever. Une véritable OPA sur le sentiment d’insécurité culturelle.

Les autres partis sont perdus face à cette OPA

Aucun parti démocratique n’a dans son ADN de réponse directe à cette angoisse. Les libéraux et les socialistes ont bien des réponses face à l’insécurité économique, mais très peu face à l’insécurité culturelle, puisque ces deux courants expliquent la réalité collective in fine par l'économie (Marx ou Adam Smith). Ils sont de plus tous les deux universalistes.

Ça aurait pu être le cas de la famille chrétienne. Mais elle a largement mis de côté son corpus chrétien. Au CD&V, Hendrik Bogaert ou Pieter De Crem tentent (avec beaucoup d'opportunisme) de fait virer le navire vers la droite conservatrice. Mais c’est sans doute trop tard et trop peu crédible.

Comment combler le vide de sens créé par la disparition des grands récits, ceux qui nous octroyaient une place dans le monde et dans l'histoire? Jusqu'ici, seul Bart De Wever avec son nationalisme conservateur semble avoir trouvé une réponse. 

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