De la fonction du direct...

De la fonction du direct...
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Il y a sur les écrans de nos ordinateurs la vidéo de ce député néo-nazi grec giflant puis boxant une députée de gauche à la télévision. C’est un direct en direct. C’est un combat dans un débat.

Vous l’avez déjà vue cette scène ou bien vous la verrez, n’hésitez en tout cas pas à la revoir : les enchaînements du nervi valent la peine. Une droite, une gauche, une droite, et à ce que l’on remarque —et cela aussi ça vaut le coup si on ose dire— elle reste debout, la députée agressée Liana Kanelli tandis qu’à ce qu’on ne voit pas, il prend la fuite, Ilias Kasidiaris le député agresseur.

La vidéo ne va effectivement pas plus loin et on le regrette : on aurait bien aimé voir la courageuse carapate, un peu comme s’enfuient sans doute les immigrés illégaux quand ils tentent d’échapper dans les rues d’Athènes à une ratonnade des gens du parti du député frappeur, l’Aube dorée : 7% des votes et 21 députés aux dernières élections…

La scène prend tout son sens lorsque l’on apprend que ce type, néo député neo nazi donc, est le porte-parole officiel de cette Aube Dorée. Porte-parole… On voudrait bien qu’on nous répète. Qu’est-ce qu’on disait encore, dans nos cours de psychologie de café, sur les mots qui font plus mal que les coups et sur la violence qui est l’arme des faibles ?

Il nous faudrait peut-être reprendre cela du début. Et se demander par exemple, quelle était exactement l’inclination du bras lorsque le poing atteignit la mâchoire…  C’est en effet une question de première importance. Ça dit si on est nazi ou si on ne l’est pas. L’Aube Dorée qui lève le bras en rue et en troupe prétend en effet qu’il s’agit là d’un geste vieux comme l’antiquité grecque et que, d’ailleurs, vous n’avez qu’à regarder : il est moins marqué, plus horizontal, moins levé qu’un vrai salut nazi et que donc ils n’ont rien à voir, le salut nazi qui est allemand et le salut grec qui n’est donc pas nazi… Passons si vous le voulez bien : on voit assez de toute façon quelle est la destination de cette inclination…

Et avec ça, Ray Bradbury est mort. Ray Bradbury, dont nous avions lu le fameux Farenheit et puis aussi les Chroniques Martiennes du temps que la science-fiction et le fantastique étaient encore rangés dans la contre-culture et pas dans les têtes de gondole, aurait été typiquement le genre de type à qui l’Aube Dorée aurait volontiers pris plaisir à faire vérifier si le bras était à moitié ou tout à fait levé. Des fois qu’il aurait eu envie d’en remettre une couche sur la censure, le contrôle des idées et l’élimination de la pensée par des néo quelque chose ou par des quelque chose néo.

Alors, ce soir, si on lèvera quelque chose pour Ray Bradbury, ce sera notre verre. Et on lui fera en prime cette belle épitaphe qu’a laissée Alain Korkos sur le site d’Arrêt sur Image : " Hier 6 juin 2012 Vénus est passée devant le Soleil, elle ne repassera pas avant 2117. Hier 6 juin 2012 Ray Bradbury s'en est allé, l'auteur de Fahrenheit 451 et des Chroniques martiennes ne reviendra pas ". Ça, c’est de la belle esquive ! Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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