Dans les partis, des élections pour la forme

Il y a du changement à la tête de beaucoup de partis, chez Ecolo, au PS, au CD & V, chez Defi, chez Groen, au Spa, au VLD et au MR. Des élections qui seront pour beaucoup jouées d’avance.

Sauf immense surprise ce sera le cas au PS où le prince Paul Magnette attend déjà dans l’antichambre depuis plusieurs années. On est même pas sûr qu’il y aura un autre candidat. En réalité, Paul Magnette aimerait que ce soit le cas, histoire d’avoir un sparring-partner.

On a vu que chez Ecolo où il n’y avait qu’une équipe candidate, celle de Jean Marc Nollet et Raja Maouane.

Au cdH Maxime Prévot n’avait pas de candidat fort contre lui. C’était joué d’avance, Benoit Lutgen avait lui même, comme Elio di Rupo, intronisé son successeur en direct dans les médias. Au MR, même dans un parti libéral qui chérit la compétition et la méritocratie, on va chercher à éviter la compétition. Ce n’est pas dit qu’ils y parviennent d’ailleurs.

C’est une évidence, les partis n’aiment pas les élections.

Histoire d’un désamour

Parce que les élections, servent d’abord et avant tout, au sein d’un groupe d’humain, à éviter les conflits. Elles préviennent les conflits au sein du groupe en définissant une procédure ou participent tous les membres. Une procédure acceptée de tous et dont le vainqueur sort légitimé. Cela permet d'éviter les interminables affrontements que les autres système ne parviennent pas à éviter (Dynastie, ploutocratie, oligarchie).

Les partis, qui sont des organisations qui luttent pour la conquête et ou la conservation du pouvoir, ne dérogent pas à la règle. Les élections permettent de légitimer un chef, et d’éviter les conflits.

Or, si l’élection est mode de légitimation du pouvoir bien pratique elle a un gros défaut, elle est risquée. Elle peut affaiblir ou déstabiliser l’organisation en dévoilant en public ses faiblesses, les tensions à l’œuvre au sein du parti. Autre risque, du point de vue des dirigeants, les élections pourraient aller à l’encontre des équilibres trouvés par le top de l’organisation. 

Les élections, qui sont essentielles à la stabilité de l’organisation à long terme, peuvent dans une certaine mesure lui nuire à court terme. C’est cette contradiction qui pousse les partis à chercher d’abord le consensus autour d’un chef et d’une distribution des influences avant l’élection. Si les conflits sont déjà maîtrisés, l’élection n’est plus alors qu’une procédure formelle fermée. Des élections pour la forme, mais qui ont joué leur rôle principal à priori : l'apaisement. 

Exceptions

Il y a bien sûr des exceptions qui ont marqué l’histoire. Par exemple, le duel entre Ernest Glinne et Guy Spitaels en 1981. Il s’est joué à très peu de choses, d’ailleurs ce scrutin est encore discuté aujourd’hui. Plus proche de nous, l’élection de Charles Michel au MR en 2011. Il l’emporte face à Daniel Bacquelaine, mais avec un score très serré 54% qui révèle la division profonde du MR après le putsch qui a poussé Didier Reynders hors de la présidence.

Ces élections très ouvertes n’ont pas empêché Guy Spitaels de devenir Dieu ou Charles Michel de décider de tout ou presque au MR. Ces deux exemples nous montrent que la peur des élections est donc largement infondée. Mais elle continue pourtant et plus que jamais à largement dominer dans les partis. Et de renvoyer vers les citoyens une image des partis comme aimant tellement la démocratie qu’ils la veulent partout. Mais pas chez eux…



 

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