Cumul citoyen

Questions à la Une l’a en quelque sorte consacré : en Belgique, la fonction de bourgmestre demeure la clé de voûte de la vie politique. Elle est l’aboutissement réel de beaucoup de carrières et provoque généralement beaucoup d’attente chez le citoyen-électeur.

Poste-clé

Depuis les années 90’, le cumul entre fonctions de bourgmestre et de ministre est interdite en Belgique, avec des variantes suivant les régions puisque la loi communale est à présent régionalisée. La Wallonie s’est dotée de la législation la plus stricte.

Mais chez nous contrairement à d’autres pays (Grande-Bretagne, Allemagne, Italie etc.), un nouveau ministre ne doit pas démissionner de son mandat local, il peut simplement se déclarer empêché et garder son écharpe mayorale au chaud, ce qui permet de garder un œil sur sa localité.

En Belgique, le mandat local est perçu bien plus qu’ailleurs comme la clé à d’autres fonctions, à de plus "hautes" fonctions.

Citoyen complice

Si le bourgmestre dispose en Belgique de pouvoirs importants, le citoyen en attend en retour beaucoup. Pour le citoyen, disposer d’un bourgmestre qui est aussi député, ou mieux ministre cela reste vécu comme un "plus" et certainement un atout pour le développement de la commune.

Le citoyen est généralement un peu hypocrite : il est contre le cumul des mandats mais sauf bien souvent pour "son" bourgmestre. Il suffit généralement de voir le succès en voix de préférence croissant de ces bourgmestres-députés-ministres.

Les citoyens de Mouscron gardent globalement un bon souvenir des années Detremmerie (CDH) comme ceux de Charleroi des années Van Cauwenberghe (PS) ou ceux d’Ath des années Spitaels (PS). Louis Michel (MR) a bâti sa popularité sur le développement de Jodoigne comme actuellement Jean-Michel Javaux (Ecolo) assure celui d’Amay, même si chez les Verts, cumuler une fonction parlementaire avec un mandat de bourgmestre reste prohibé.

Elio Di Rupo a même innové : il fut le premier… Premier ministre de l’Histoire de Belgique à assurer aussi en même temps un mandat de bourgmestre. Charles Michel l’a imité. A Mons et à Wavre, on n’a guère entendu de voix pour réclamer une démission des fonctions mayorales.

En Belgique, il est de bon ton pour un politique de se présenter à tous les scrutins qui passent. En Italie, par exemple, il est purement et simplement interdit à un maire d’une ville de plus de 20 000 habitants se présenter à une élection législative[1].

Finalement, chez nous, le cumul des mandats ne dérange que … celui qui est dans l’opposition ! Le citoyen en général n’apprécie pas ces cumuls mais attend de "son" bourgmestre qu’il ait une large influence.

Plus qu’un principe, c’est un état d’esprit qu’il faudrait changer. En Grande-Bretagne ou en Allemagne, le principe du "un homme- un mandat" est la règle, sans qu’aucune loi spécifique ne le détermine.

@PhWalkowiak

 

[1] En 2001, Francesco Rutelli maire de Rome depuis 8 ans, a ainsi dû démissionner de son poste pour mener la campagne des législatives face à Silvio Berlusconi. Battu par la droite à ce scrutin, le maire romain n’a plus jamais retrouvé son poste.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK