Coupe du monde de foot : l'engouement après #meetoo

Coupe du monde de foot féminin: l'engouement après #meetoo
Coupe du monde de foot féminin: l'engouement après #meetoo - © Tous droits réservés

 

Cette coupe du monde féminine de football provoque un véritable boom planétaire. Le match d’ouverture de vendredi, en France a été suivi par près de 11 millions de téléspectatrices et téléspectateurs. En Allemagne, 14,1 millions de téléspectateurs ont, en moyenne, suivi le match d'ouverture. Mais le foot féminin n’a pas toujours bénéficié de ce tapis rouge. A leurs débuts, les femmes se sont plutôt pris des cartons rouges. Le premier match recensé s’est déroulé à Edimbourg le 9 mai 1881 et opposait : la sélection anglaise à sa voisine écossaise. Ce sont déjà l’âge et les tenues des joueuses qui concentrent l’attention du Glasgow Herald,: la moitié de l’article est consacré à la couleur des maillots ou des collants joueuses.  Une semaine plus tard, pour un autre match cette fois à Glasgow, le journal indique qu’une centaine d’hommes ont envahi le terrain et violemment bousculé les joueuses. Ce n’est qu’à la fin des années 60 que les clubs fleuriront à nouveau à travers l’Europe. La FIFA organisera la première Coupe du monde féminine officielle en 1991 seulement.

 

T’avais des grosses dondons qui étaient certainement trop moches pour aller en boîte le samedi soir.

 

Les commentaires sexistes ne volent parfois pas plus haut que ceux du 19eme siècle

Cependant, des remarques sexistes qui se focalisent sur l’apparence des femmes, leurs corps ou leur pseudo féminité ont toujours cours sur les médias.  "T’avais des grosses dondons qui étaient certainement trop moches pour aller en boîte le samedi soir" dixit Pierre Menès, consultant sportif, pour parler des joueuses ou plus récemment Alain Finkelkraut, philosophe, qui expliquait que " ce n’est pas comme ça qu’il a envie de voir les femmes. "  Mais, il faut dire que depuis meetoo, ce genre de sorties est en recul, en tout cas publiquement. Les femmes sont d’avantage prises au sérieux. Le foot féminin est plus visible. La construction intellectuelle qui oppose les corps de femmes, censés  être fragiles et gracieux, avec les corps masculins censés être musclés et forts, recule.

Le foot, toujours un bastion masculin

Comme dans d’autres domaines, la féminisation du foot sur le terrain ne signifie pas pour autant que son encadrement et son mode de gestion se féminisent et perdent leurs attributs masculins. La sociologue Béatrice Barbusse, spécialiste du sexisme dans le sport, considère que ce management viriliste, qu’on retrouve en entreprise est totalement dépassé. Féminiser les terrains de foot peut donc aller de pair avec une réflexion sur un mode de gestion moins dirigiste dans le sport aussi.  Cet engouement pour le foot féminin pose la question de l’égalité, l’occasion de repenser le modèle foot vers plus d’éthique. Les primes prévues pour les joueuses s’élèvent à 26,6 millions d’euros contre 355,2 millions d’euros pour les hommes. Ce que dénoncent plusieurs équipes féminines. Mais s'agit-il, de faire en sorte que les femmes deviennent "des hommes comme les autres", s'alignant sur le modèle social masculin ou bien de redéfinir un idéal en termes nouveaux, et comment? Faut-il toujours plus d’argent dans le foot, des stades qui résonnent de cris racistes ou homophobes ? Avec la coupe du monde de foot féminine, on a vu par exemple, des banderoles LGBT fleurirent dans les stades pour dénoncer l’omerta totale sur l’homosexualité dans le monde du foot et qui pèse aussi sur les hommes. C’est la philosophe féministe Françoise Collin qui pose la question pour conclure, l'égalité oui, mais l'égalité à quoi... ?

@safiakessas

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