Coronavirus : vers une crise sociale ?

Coronavirus : vers une crise sociale ?
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Jusqu’ici l’action des gouvernements pour lutter contre le coronavirus a été largement saluée par les syndicats et les patrons. Mais cette unité est très fragile. Les premières fissures commencent à apparaître. Robert Verteneuil le président de la FGTB a lancé un premier avertissement. Pour lui, il y a trop de patrons qui ne jouent pas le jeu et négligent la santé des travailleurs.

Dans certains secteurs, comme les soins de santé ou la distribution, la tension sociale monte. Les employés, les ouvriers qui n’ont droit ni au télétravail, ni au chômage temporaire estiment qu’ils sont parfois les oubliés de cette crise. En première ligne, beaucoup bossent la peur au ventre et s’estiment mal considérés. Cette colère remonte depuis quelques jours dans les syndicats qui commencent à l’exprimer.

La grande distribution

Dans le secteur de la distribution c’est l’inquiétude quant à une possible extension des heures d’ouverture entre 07 heures et 22 heures. Une disposition prévue dans les pouvoirs spéciaux. Cela a suscité la colère syndicale parce que ça aurait demandé de la flexibilité supplémentaire à des travailleurs déjà sous pression. Réponse de la fédération du commerce : ce n’est pas à l’ordre du jour…

Ce n’est qu’un exemple, dans beaucoup d’entreprises, des conflits ont lieu autour de l’organisation du travail en ces temps de confinement.

Dilemme syndical

Les syndicats sont dans une situation compliquée. FGTB ou CSC, ne souhaitent pas participer maintenant à un mouvement social qui abîmerait l’économie. Ils veulent limiter les dégâts économiques autant que possible. Le risque c’est que des entreprises ferment, que le chômage augmente. Dans un premier temps, les syndicats et les patrons ont avancé main dans la main. Ils ont publié un communiqué commun, ou ils annonçaient ensemble soutenir les mesures drastiques du gouvernement. Ils affichaient un objectif commun que le maximum de personnes non contaminées puisse continuer à travailler, via le télétravail ou en respectant des mesures de distanciation sociale.

Cette unité des patrons et des syndicats a été renforcée par l’arsenal de mesures d’accompagnement annoncées avec les pouvoirs spéciaux. En particulier l’extension du chômage temporaire. Cela concerne aujourd’hui près d’un million de travailleurs.

On en était plus ou moins resté là. Dans une unité patron syndicat qui suivait l’unité politique. Mais avec un confinement qui est parti pour durer plus longtemps que prévu, les choses sont en train d’évoluer.

Rapport de force

Les syndicats demandent d’être plus associés aux prises de décisions. Car ils sont de plus en plus sous la pression de délégués qui ne savent plus quoi répondre à des travailleurs. Des travailleurs qui s’étonnent qu’ils ne puissent plus sortir faire une promenade mais qui se retrouvent parfois à plusieurs centaines dans des usines ou les règles de distance ne sont pas toujours applicables.

Après la sidération du confinement, c’est aujourd’hui la question de la sécurité au travail qui est posée. Et demain ce sera peut-être celle de la fermeture de tous les secteurs qui ne sont pas prioritaires. C’est la décision qu’a dû prendre l’Italie. En France les syndicats sont divisés sur la question, mais la pression est de plus en plus forte de la part de travailleurs qui se sentent sacrifiés alors que beaucoup de cadres sont protégés en téléconférence. Le PTB porte aujourd'hui cette revendication chez nous. 

Le risque c’est que l’urgence et les pouvoirs spéciaux n’écrasent les questions sociales. Le rapport de force entre patrons et syndicats pourrait se retrouver très déséquilibré. Une crise sociale s’ajouterait alors à la crise sanitaire. On n’en est pas encore là. Mais les signaux clignotent…

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