Coronavirus: presque un gouvernement de guerre

Coronavirus: presque un gouvernement de guerre
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Le coronavirus a balayé 10 mois de crise politique. Ce qui était inimaginable hier est aujourd’hui possible. Nous avons basculé dans l’inédit et dans l’inconnu. Le monde dans lequel nous vivions hier nous paraît bien insouciant et lointain. Et demain nous paraît bien incertain. On n’a pas connu de telle situation d’urgence depuis la dernière guerre. Et comme lors des deux dernières guerres, les partis politiques sont contraints à des formules extraordinaires.

Presque un gouvernement

Extraordinaire mais malgré tout encore fortement marquée par la méfiance des derniers mois. La formation d’un gouvernement normal qui avec ou sans la N-VA est toujours hors de portée. Paul Magnette a pourtant cru à une formule PS-NVA durant quelques jours avant de se faire rappeler à l’ordre par son parti. Il faut dire que Bart de Wever n’a rien fait pour faciliter les choses. Mercredi il ne voulait pas de fermeture à Anvers pour ne pas nuire à l’économie. Jeudi il militait toujours pour ne pas suspendre les cours.

Pour compliquer le tout il a exigé le poste de Premier ministre dans ce qui ressemblait à une Suédoise améliorée. Remplacer Sophie Wilmès en pleine gestion de crise ? Que voilà une mauvaise idée. Bart de Wever n’est pas parvenu à convaincre les troupes socialistes de sa bonne foi, il a même choqué une partie du MR. Les écologistes auraient tiré à boulets verts sur la formule. Paul Magnette a donc dû reculer.

Presque une union nationale

Voilà, une union presque nationale, sans le PTB et le Belang laissés de côté. Puisqu’un nouveau gouvernement normal n’est décidément pas possible, c’est donc l’ancien gouvernement, à bout de souffle, qui est remis sur pied. C’est un gouvernement trois fois anormal.

Anormal dans sa composition d’abord. On va passer d’un gouvernement démissionnaire, en affaire courante, à un gouvernement MR-CD&V-VLD de plein exercice.

Anormal dans ses compétences ensuite. Ce gouvernement aura des pouvoirs spéciaux, limités à la gestion de la crise du Coronavirus durant 6 mois. Il pourra se passer du parlement, qui comme en temps de guerre risque de ne plus pouvoir se réunir à cause du confinement.

Anormal dans son fonctionnement. Accrochez-vous ! Techniquement Sophie Wilmès, va devenir formatrice. Son gouvernement de trois partis va donc obtenir la confiance et une majorité de écrasante à la chambre. 10 partis, 120 sièges.

Mais donc l’équipe ne change pas, les cabinets non plus. Les présidents des partis qui soutiennent le gouvernement de l’extérieur le PS, la N-VA, Ecolo, Groen, le cdH et DEFI vont devenir dans les faits des quasi Vice-Premiers. Ce cabinet d’urgence sera réuni au moins une fois par semaine, pour gérer la crise. Quasi vice-Premier, mais pas vice-Premier, parce que la méfiance des derniers mois n’a pas disparu. Elle est seulement mise entre parenthèses.

Le long processus de formation d’un gouvernement est donc suspendu.

Dans quelques jours quand Sophie Wilmès aura la confiance, le processus de formation entamé le 26 mai sera suspendu. Car une fois la crise passée, les partis qui soutiennent le gouvernement ne seront plus tenus par leur accord. On imagine mal qu’ils votent la méfiance et provoquent des élections. Mais cela importe peu. Pour le dire clairement. On s’en fout. Car ce à quoi nous avons à faire est tellement exceptionnel que personne n’est capable aujourd’hui de dire dans quel état sera le pays dans 6 mois.

La crise politique Belge est donc officiellement suspendue. 10 partis que beaucoup de choses opposent sont désormais solidaires pour faire face au tsunami qui vient. Sans trahir leurs électeurs et leurs engagements, mais sans laisser tomber non plus la population. La solution est baroque, mais solide. Cette semaine, le pays sera institutionnellement en ordre de marche. Il va falloir s’accrocher au mât car ça va tanguer…

 

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