Coronavirus : moins de débats politiques et moins d’attention médiatique pour une meilleure santé mentale ?

C’est un document important, signé du Conseil supérieur de la Santé : "L’évaluation de la réponse du gouvernement sur l’impact de la Covid-19 sur la santé mentale de la population belge". C’est un rapport très récent, d’une bonne cinquantaine de pages pour revenir sur l’impact de la pandémie et les initiatives prises pour contrecarrer ses effets sur la santé mentale des Belges.

Impossible de tout résumer, mais voici quelques éléments saillants. Avec, pour commencer un constat inquiétant : il existe beaucoup trop peu de données sur la santé mentale de Belges, et a fortiori, sur l’impact des mesures prises depuis maintenant plus d’un an.

"Nous nous enlisons dans des discussions basées sur des opinions, sans point de repère. […] Il n’y a pas de données valides et fiables en temps réel pour soutenir la politique, nous naviguons donc à l’aveugle." C’est un constat qui devrait provoquer immédiatement une levée de boucliers et des actions fortes de nos autorités, tous niveaux de pouvoir confondu.

Plus inquiétant encore, les conséquences de la pandémie en termes psychiques sont là pour rester. Ainsi, selon la littérature scientifique, dans les pays occidentaux, entre 20 et 50% des personnes atteintes sur le plan de la santé mentale, en souffrent encore un an après l’urgence collective. On peut penser que nous sommes toujours, actuellement, dans cette urgence collective.

Pire, une proportion importante des personnes touchées souffrira, tôt ou tard, de TSA, trouble de stress aigu. Qui peut se transformer en fameux trouble du stress post-traumatique. Il est donc important de mobiliser tous les capacités dont nous disposons pour soutenir la santé mentale.

Mais ici, constate le Conseil supérieur de la Santé, et c’est étonnant, il y a eu, entre 2019 et 2020, une diminution de l’utilisation des services belges de santé. Qui s’explique, par, "une fragmentation de l’offre de soins et une communication peu claire". Bref, les gens ne savaient pas comment et à qui s’adresser.

Mondes politique et médiatique pointés du doigt

Ce rapport évoque aussi le monde politique. Pour les experts, dans toutes les phases d’une pandémie, il est "plus que jamais nécessaire de communiquer de manière claire, transparente, alignée en interne et sincère. Des communications et des discussions contradictoires sur les décisions politiques prises ou la simple perception de telles contradictions renforceront le sentiment d’inquiétude qui règne au sein de la société. Les problèmes de santé mentale et l’anxiété augmentent pendant les périodes d’incertitude, par exemple lorsqu’il s’agit de prendre ou non des mesures strictes."

On en a déjà parlé, il est évident que dans les jours qui nous amènent à des comités de concertation, le bruit politique qui est parfois généré est très problématique. Le rapport recommande d’"éviter les messages contradictoires et les discussions sur les décisions politiques prises". En résumé, silencier, d’une certaine façon, le débat politique. Là-dessus, on peut quand tout de même se poser des questions. La contradiction doit, un minimum, pouvoir s’exprimer. Mais peut-être d’une autre façon qu’actuellement, par exemple au Parlement. Et c’est vrai que depuis un an, on peut dire qu’on a loupé le coche.

Les médias aussi en prennent pour leur grade : "A cause de l’infodémie, on a l’impression que 'tout le monde va mal'. Il faudrait mettre davantage l’accent sur la manière de continuer à s’amuser dans le cadre des mesures imposées. Les figures positives devraient également bénéficier d’une plus grande attention."

Alors oui, vaste débat, qu’on ne videra pas ce mardi. L’impression que tout va mal, d’abord : c’est quand même par la joie depuis l’an dernier. On peut difficilement demander aux journalistes de mettre un costume de clown. Malgré les biais et les angles morts, les médias tentent d’être un miroir de la société dans laquelle nous vivons tous et toutes.

Ferions-nous encore correctement notre travail si nous devions, pour préserver la santé mentale, ne pas répercuter telle ou telle thématique ? Le journaliste dira certainement non, le professionnel de la santé objectera. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, je pense.

Les jeunes sont "résilients"

Un peu de positif pour conclure. Selon ce rapport, "la population générale se porte bien et reste stable." Malheureusement, "ce qui n’allait pas bien avant la pandémie va encore plus mal aujourd’hui." Ça c’est problématique. Mais pour ce qui concerne les jeunes, ceux-ci sont "extrêmement résilients. Nous pensons qu’une fois que nous serons revenus à plus de libertés, les jeunes se rétabliront en douceur et en peu de temps", selon le conseil supérieur de la Santé.

Et, puis, un petit rappel, pour tout le monde : si vous avez besoin de parler, et que c’est compliqué, il y a le 107. Numéro gratuit, 24 heures/24. Il y a toujours une oreille prête à écouter et à vous guider vers.

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