Coronavirus en Belgique: un déconfinement pas aussi lent et prudent qu’on pourrait penser

Depuis vendredi, il y a, enfin, un calendrier du déconfinement. Et pas mal de déçus. En premier lieu l’Horeca. À nouveau, ça a pas mal poussé en faveur de l’Horeca vendredi, la charge venant très rapidement – il était 14h30 – de la Flandre, soutenu par Elio Di Rupo, puis par le MR.

Et à nouveau, résistance du duo Alexander De Croo-Frank Vandenbroucke, dans un ballet désormais bien rodé. On notera tout de même que la réouverture intérieure et extérieure de l’Horeca, en même temps, c’est une petite surprise, et signe que le duo ADC-VDB a dû lâcher du lest, les experts ayant découpé le déconfinement de l’Horeca, avec d’abord une phase extérieure, puis une phase intérieure.

L’autre secteur déçu, c’est celui de la culture. Il y a une toute petite ouverture en avril, des évènements de 50 personnes à l’extérieur. Il faudra attendre le mois de mai, au plus tôt, et la généralisation de tests rapides, d’autotests, pour rouvrir réellement la culture. C’est évidemment un coup de massue. Mais pas tout à fait une surprise, si on jette un œil aux rapports des experts.

Il y a dix jours, le rapport faisait quasi 70 pages, et outre un point important sur la motivation qu’on évoquait la semaine dernière, il y avait aussi une annexe concernant les infections sur le lieu de travail. Des experts ont croisé des données entre l’ONSS et Sciensano, pour pouvoir monitorer les secteurs où le virus était le plus virulent. On notera que les indépendants ne sont pas repris dans ces chiffres.

Quelles conclusions tirer ? Avant les mesures de fermeture décidées en octobre, le secteur de l’art, des spectacles et activités récréatives (kunst, amusement en recreatie ci-dessous) – c’est le terme officiel pour la culture et le sport – était le plus touché par le covid. Avec une incidence 50% supérieure à celles de la moyenne des autres activités professionnelles. L’incidence, c’est le nombre de cas par 100.000 personnes en moyenne sur 14 jours. Dans le détail, on se rend que le sport était au-dessus de la culture mais celle-ci se situait également à des niveaux très élevés en octobre (incidence 45% supérieure).

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Ces chiffres concernent la période allant du 29 septembre au 12 octobre 2020. Des calculs ont été réalisés pour la période suivante (6 octobre-19 octobre), pas très éloignée du pic du mois d’octobre. La culture et le sport étaient alors le deuxième secteur le plus touché, après celui des soins de santé.

Il ne s’agit pas de faire un lien direct de cause à effet, évidemment, quantité d’autres facteurs entrent en jeu. Mais les chiffres de l’automne dernier montrent que le secteur du sport et de la culture, malheureusement pour eux, a été très fortement touché par l’épidémie, plus que les autres. Ce qui explique la prudence à l’heure du déconfinement.

Où en sera la vaccination le 1er mai ?

Israël est de très loin le pays le plus avancé sur la vaccination. Vous avez peut-être vu ces images de ces concerts, ce week-end. C’est la phase 3 du déconfinement israélien. Les élèves de 12 à 14 ans peuvent retourner à l’école. Alors pas partout, uniquement dans les villes où au moins 70% de la population âgées de 50 ans et plus a été vaccinée. De façon générale, tout ou presque est conditionné au vaccin, et au "green pass", un "passeport vert", en fait une application mobile qui montre que vous avez bien reçu vos deux doses depuis au moins une semaine.

Les auditoires des universités ont rouvert, mais pour y accéder, il faut avoir ce "passeport vert". Les restaurants aussi rouvrent : si vous êtes vaccinés, vous pouvez manger où vous voulez, sans vaccin, c’est uniquement dehors. La bulle à l’intérieur passe à 20, 300 personnes maximum peuvent se réunir pour un événement culturel, avec pas plus de 5% de personnes non-vaccinées. Avec, pour tout cela, il faut le préciser, un maintien du masque, même pour les personnes vaccinées.

Si j’en parle, ce n’est pas pour dire qu’on doit suivre Israël : comparaison n’est pas raison. Mais, tout de même, il va nous falloir nous préparer à un retour à la vie qui ne sera pas tout à fait celle d’avant, avec encore de la distance et des masques, et ça, nos autorités n’en parlent pas encore. Et puis, surtout, il y a les chiffres de la vaccination. Ce matin, Israel a totalement vacciné environ 43% de sa population.

Ce n’est qu’à partir de 40% de vaccination que la culture, les universités, l’Horeca, ont pu rouvrir en Israël. Où serons-nous, dans cette course à la vaccination, au 1er mai, nous Belges ? Sans être négatif, il semble hautement improbable qu’on arrive aux chiffres israéliens en moins de deux mois, vu le rythme chaotique de la vaccination : on notera, ci-dessus, que la situation n’est guère enviable chez nos voisins français, néerlandais ou allemand. Ce déconfinement annoncé vendredi, aussi lent qu’il puisse apparaître pour certains secteurs, pourrait presque être qualifié d’optimiste, lorsqu’on le compare au déconfinement israélien.


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Alors, en conclusion, soyons optimistes. "Dehors, dehors, dehors", comme dit le Premier ministre. On rajoutera profitez-en, du dehors, avec vos proches, amis, famille. Profitez-en, entre les gouttes de pluie attendues cette semaine. Les chiffres sont en baisse ce matin, allez dehors pour ne pas les faire remonter. On a plus le choix, la lumière au bout du tunnel, pour une fois, ce n’est pas seulement une image. On a tout en main pour ne parler qu’au passé du confinement. Ça dépend de nous. Et de la vaccination, et donc de nos autorités. Qui n’ont désormais plus le droit à l’erreur.

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