Communautariste toi-même !

Communautariste toi-même !
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On reparle du communautarisme, cette fois c’est le PS qui est sous pression avec un tract d’Emir Kir. Ce n’est pas un tract dit le député-bourgmestre de Saint-Josse, c’est une lettre rédigée en turc qui explique que le gouvernement sortant a, je cite, « pointé du doigt les musulmans sous prétexte de terrorisme » et puis cette phrase « ils veulent apporter partout l’interdiction de l’abattage rituel que nous sommes parvenus à empêcher à Bruxelles ».

Une communication qui a suscité, comme le tract d’Ecolo mais un peu moins tout de même, beaucoup de réactions de la part d’élus ou de sympathisants libéraux pour qui le « communautarisme » est devenu une ligne d’attaque dans la dernière ligne droite. Ça vaut la peine de prendre deux minutes pour comprendre de quoi on parle.

Le tract d’Ecolo et la lettre d’Emir Kir sont-ils communautaristes ?

Alors, il n’y a pas de réponse neutre ou objective à cette question. Car le « communautarisme » est une notion très floue et très faible en fait. Le mot n’a pas du tout le même sens aux Etats-Unis que chez nous. Un politologue français a défini le communautarisme comme « un ensemble de règles qui privilégient l’intérêt de la communauté sur celui des individus qui la composent », autrement dit c’est une manière de faire de la politique qui fait passer l’intérêt d’une communauté avant les droits individuels, avant le droit général, avant les valeurs communes. Cela peut concerner beaucoup de « communautés », mais essentiellement le « communautarisme » le plus sensible concerne les musulmans. Souvent, ces intérêts « communautaires musulmans » sont considérés comme une menace pour la cohésion nationale ou pour la cohésion sociale.

Selon que vous soyez conservateur ou progressiste, vous n’aurez pas la même définition de ce qui est une menace pour la cohésion sociale. Vous n’aurez pas la même réponse à la question : quand la reconnaissance de droits spécifiques pour des minorités met-elle en danger l’intérêt général ?

Ce n’est pas à nous de trancher ce débat. Par contre, on peut constater que le PS, Ecolo ou même le PTB et dans une moindre mesure le cdH sont tous tiraillés en leur sein sur la réponse à cette question. Ce qui est moins le cas chez DéFI ou au MR, même si le débat existe là aussi.

Ces tracts révèlent donc un malaise

Ils révèlent des partis qui ont bien du mal à concilier leurs valeurs et l’évolution de la sociologie de la Belgique francophone. Ainsi, Emir Kir se présente comme un résistant à l’interdiction de l’abattage sans étourdissement à Bruxelles alors que son parti l’a voté en Wallonie.

On observe que plusieurs partis sont aujourd’hui écartelés entre la réalité bruxelloise marquée par une grande diversité avec les revendications de multiples minorités et la réalité wallonne où la diversité est beaucoup moins forte. On se rend compte que la définition de ce qui fonde la cohésion sociale est de plus en plus différente. Ça aussi consacre l’émergence du fait régional. De plus en plus de sujets divisent les partis francophones en leur sein. Un parti peut être favorable à la taxe kilométrique à Bruxelles et être contre en Wallonie. Un parti peut défendre deux systèmes d’allocations familiales selon qu’il s’adresse aux Bruxellois ou aux Wallons. Ça nous dérange de moins en moins, nous acceptons lentement le fait régional. Mais pouvons-nous accepter ces différences lorsqu'il s’agit des droits fondamentaux ? Du droit des minorités ? De la place des religions dans l’espace public ? De la laïcité ou la neutralité de l’Etat ? C’est ce qui est en train d’arriver avec l’abattage sans étourdissement. Si nous pouvons vivre avec des normes si différentes entre Bruxellois et Wallons, cela veut dire au fond les partis francophones sont en train de s’effacer. Plus précisément la détermination francophone des partis s’efface au profit de leur détermination bruxelloise ou wallonne. Un jour il n'y aura peut-être plus de partis francophones. Seulement des partis régionaux, c'est ça aussi que nous dit l'affaire des tracts. 

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