Chiffons et tennis: sexisme sur terre battue

Serena Williams à Roland Garros, le 2 juin 2018.
Serena Williams à Roland Garros, le 2 juin 2018. - © THOMAS SAMSON - AFP

Le Figaro a consacré tout un article la semaine dernière dans sa rubrique sport sur la tenue vestimentaire de l’une des plus grandes joueuses de tous les temps, Serena Williams.

Lors de son match contre Kristyna Pliskova, elle est apparue dans une tenue inhabituelle, une combinaison noire : un vêtement porté pour des raisons médicales. Le but : lui permettre d'avoir une meilleure circulation sanguine. La joueuse américaine avait subi de graves complications (embolie pulmonaire, caillots dans le sang et phlébite) après son accouchement en 2017. Mais pas un mot du journal sur les problèmes de santé de la joueuse. 

Les commentaires ne sont pas tendres pour la joueuse

Pointons ce commentaire digne d’une autre époque et prononcé par une étudiante qui estime que la récente grossesse de la joueuse ne lui permet pas de se mettre en valeur dans cette combinaison.

Ce qui est lourd ici, c’est la nécessité d’évaluer le physique d’une joueuse en 2018 dicté par les médias eux-mêmes, la mode, le marketing... Ce type d'article ne fait que renforcer la pression, déjà omniprésente, sur le physique et l'apparence des femmes, plus importants que leurs compétences. Le corps d’une femme devrait répondre à des clichés souvent fixés sur papier glacé. 

Serena Williams est connue pour son combat en faveur de la beauté noire naturelle

Serena n’est pas mannequin, c’est une athlète de haut niveau, qui a remporté 72 victoires mais elle fait régulièrement l’objet de body shaming depuis le début de sa carrière.

Il y a quelques années, Shamil Tarpischev, président de la Fédération russe de tennis alors s'amusait à appeler Serena et sa sœur Venus les "frères Williams". Il avait également insisté sur le fait que les deux femmes faisaient "peur à voir". Une insulte raciste à peine masquée. Attaqué par la Women's Tennis Association, Shamil Tarpischev a finalement écopé d'une amende de 25.000 dollars et d'un an de suspension.

Serena vit en fait une double discrimination : le sexisme, en raison des commentaires sur ses tenues, et le racisme, en raison cette fois des commentaires sur son physique qui ne correspond pas aux clichés qui portent au nue la blancheur et la minceur.

Sexualiser, chosifier le corps des femmes noires et leur attribuer des critères animaliers est lié à un imaginaire stéréotypé basé sur un racisme et un sexisme qui trouvent leurs origines dans la période coloniale.

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