Charles Michel et la chute de Constantinople

Charles Michel et la chute de Constantinople
Charles Michel et la chute de Constantinople - © Tous droits réservés

La politique fédérale navigue toujours à vue. Charles Michel est au milieu d’un no man’s land avec son orange bleue minoritaire. Ce no man’s land est l’endroit où personne au monde ne voudrait se trouver. Au milieu de nulle part, ni en territoire ami, ni en territoire ennemi. Au milieu de rien, très exposé et très fragile.

Donc qu’est-ce qui a changé hier? Et bien, le parlement discute du sexe des anges (une question discutée depuis le Moyen Age dans les facultés de théologie). Il est toujours question de savoir si ce nouveau gouvernement est bel et bien un nouveau gouvernement. Deux écoles s’affrontent. Le gouvernement dit que non, les autres, tous les autres disent que oui.

Or, comme la question de savoir si les anges ont un sexe amène à se demander lequel (féminin, masculin?), la question du nouveau gouvernement amène à se poser la question de la confiance. Que se passe-t-il si la confiance est refusée? Cela nous conduit-il vers la dissolution des chambres et les élections anticipées? 

Ici encore deux écoles s’affrontent: ceux qui estiment que cela nous conduirait (si pas juridiquement en tous cas politiquement) aux urnes, c’est l’école du Premier ministre. Et puis, il y a ceux qui estiment que cela conduirait le gouvernement à démissionner et à continuer en affaires courantes. Ce qui ne veut pas dire aller aux élections donc. A la tête de cette école, Elio Di Rupo.

Une majorité contre Charles Michel

Et donc qu’est-ce qui a changé hier ? Et bien, une majorité de députés s’est dégagée en faveur de l’école Di Rupo. Une majorité qui a donc répondu oui à la première question. Oui, c’est un nouveau gouvernement. Donc oui, il faut un vote de confiance. La Chambre demande donc au Premier ministre de demander à la Chambre un vote de confiance (oui je sais c'est une demande enchâssée comme les rêves enchâssés dans le film Inception!). 

L’école de monsieur Di Rupo a donc obtenu une première victoire grâce, entre autres, au vote de monsieur De Wever. Mais l’école Michel ne reconnaît pas cette victoire. Car le Premier ministre estime que la Chambre ne peut pas le forcer à lui demander un vote de confiance. Pour lui, si les parlementaires ne veulent pas du gouvernement, ils n’ont qu’à voter une motion de méfiance. Ce qui, toujours pour lui, serait irresponsable et nous conduirait aux élections anticipées. 

La N-VA se réveille

Au milieu du no man's land, Charles Michel est de plus en plus en difficulté. Il savait pourtant qu’il allait s’y retrouver dans ce no man’s land en allant à Marrakech. Il a pris ce risque ce qui est courageux. Mais il ne s’attendait pas à ce que la N-VA lui tire à ce point dessus, bien confortablement depuis sa tranchée. Car c’est l’autre enseignement de la journée d’hier. La N-VA se montre beaucoup plus agressive que prévu. Car politiquement, la N-VA est incontournable ou presque. La N-VA est la clef de tout à la Chambre.

La prise de Constantinople

Mais où nous mènent ces discussions sur le sexe des anges? Revenons à l'origine de l'expression. Elle provient du siège de Constantinople le 29 mai 1453. Alors que les forces turques s'apprêtaient à entrer dans la ville, les religieux byzantins étaient, dit-on, occupés à discuter de la question théologique du sexe des anges, ce qui aurait précipité la chute de l’Empire romain d’Orient.

Alors que les parlementaires discutent, qui est en train de faire le siège de Constantinople? Quel est l'éléphant dans le couloir que ne voit pas la rue de la Loi? La N-VA qui chercherait en réalité l’élection anticipée pour découpler les scrutins et imposer le confédéralisme? C'est possible.

Je penche plutôt vers une autre explication. Ceux qui sont aux portes de Constantinople, ce sont les citoyens déçus, ceux qui sont pris dans un sentiment diffus de colère, de lassitude qui s’exprime durement en France ou en Italie. De cette déconnexion peut naître soit de la violence (gilets jaunes) soit du dégagisme (Brexit, Macron, Trump, Salvini). La N-VA a choisi cette voie. C'est pour ça qu'elle a quitté Constantinople pour espérer récupérer les voix des assaillants. Elle est donc en même temps au cœur de la ville et devant les portes pour en faire le siège. En même temps, elle discute du sexe des anges et elle récupère les voix de ceux qui en ont marre que les élites discutent du sexe des anges. C'est une manœuvre habile, il faut bien l'avouer. Aussi habile que cynique et mortifère.  
 

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