Charles Michel, de retour au point de départ

Charles Michel, de retour au point de départ
Charles Michel, de retour au point de départ - © Tous droits réservés

Je ne sais pas si vous vous souvenez de la phrase de Churchill après les accords de Munich. C’était juste avant la Seconde Guerre mondiale. La diplomatie alliée avait laissé l’Allemagne annexer des territoires tchèques, en mépris du droit international, pour son grand déshonneur. Churchill avait dit "vous avez eu à choisir entre le déshonneur ou la guerre. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre." Il a dit ça en 1938. Et il a eu raison. 

Depuis le début de cette crise au fond, je pense beaucoup à cette phrase de Churchill. Car depuis le début, c’est bien à ce type de choix qu’est confronté le Premier ministre. Il a dû choisir entre le déshonneur (plier et être le pantin de la N-VA) ou la chute du gouvernement. Le pire pour lui étant de choisir le déshonneur et d’avoir quand même la chute du gouvernement. C’est la vraie question ce matin, est-ce que Charles Michel n'est pas au "point Churchill"?

Charles Michel a-t-il perdu sur les deux tableaux?

La Belgique va signer le Pacte des migrations, il a donc respecté sa parole. C’est l’élément-clé qui doit plutôt nous faire dire qu’il n’a pas laissé son honneur dans cette affaire. Il n'a pas plié sur l’essentiel, même si à un moment, cela a flotté avec cette phrase du Premier ministre "à titre personnel". 

L’honneur est donc sauf.  Mais c’est à peu près tout ce qu'il lui reste ce matin. Car Charles Michel en manœuvrant dans tous les sens depuis 10 jours a particulièrement brouillé son message. Hier, le voilà donc pour tenter d’éviter la démission, de quasiment enfiler un gilet jaune, d'ouvrir la porte à la baisse de la TVA sur l’électricité, de saborder son budget et le jobs deal. L’Open VLD s'en étonne et dénonce un virage à gauche, la N-VA se frotte les mains et la gauche lui envoie à la figure une motion de méfiance.

Un Premier en campagne, comme tout le monde

On pourrait expliquer cette courbe à gauche comme le premier acte de campagne de Charles Michel qui veut recentrer son parti, se rapprocher des autres partis francophones et sortir de son isolement. Il ne cherchait sans doute pas vraiment une nouvelle majorité hier. Il posait plutôt les bases de sa campagne et peut-être les bases d’une future majorité en mai. Mais ce message est-il encore crédible alors que depuis 4 ans et demi il martèle une histoire très différente ? Pour l’électeur libéral, pour l’électeur tout court, ce qui s’est passé hier est pour le moins perturbant.


Les 180 degrés du 16 

Voilà un homme qui effectue un virage à 180 degrés en se recentrant et en se désolidarisant de la N-VA. Mais il avait déjà effectué un autre virage à 180 degrés après sa campagne de 2014 pour devenir Premier ministre. Une campagne plutôt centriste et très anti-N-VA. Ce qui l’avait poussé à dire publiquement qu’il s’était trompé. Faites le compte, faire deux fois un 180, c’est revenir à son point de départ. On en est donc là, revenus au point de départ, comme en 2014. Sauf qu’entre-temps, il a eu 4 ans et demi de suédoise. Comment être encore crédible ? La question vaut pour presque tous les leaders politiques. Mais pour Charles Michel, la réponse s’avère aujourd’hui particulièrement compliquée.  
 

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