Ceci n'est pas (encore) un accord interprofessionnel

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

L’actu fraîche de ce matin c’est donc ce projet d’accord entre patrons et syndicats à propos, notamment, de l’augmentation des salaires. Ceci n’est pourtant pas un accord. Ce que nous savons c'est qu'il n’y a pas de rupture, pas encore. L’histoire récente nous montre que sortir avec un papier d’une négociation au bout de la nuit, ne veut pas dire qu’il y a un accord. Car le papier n’est pas encore signé. Pour le signer il doit être approuvé par les instances de toutes les organisations autour de la table (il y en a 10). Et quand les deux plus grands syndicats, la CSC et la FGTB ne s’engagent pas à défendre ce bout de papier, on ne peut que rester très prudent.

1.1% d'augmentation des salaires

Qu'y a-t-il dans ce projet? C’est encore flou. Une marge d’augmentation de 1.1% pour les deux prochaines années. 1.1% en plus de l’index et des hausses barémiques. Ce qui veut dire en réalité 4.5% d'augmentation environ pour les deux prochaines années. 4.5% alors que l’inflation, l’augmentation des prix prévue par le bureau du plan pour 2019 et 2020 est de 3%. Cela fait une augmentation du pouvoir d’achat de moins d’un pour cent par an (0.75%). C'est dans la tendance de que nous connaissons depuis une dizaine d’années maintenant. Ça c’est le gros morceau, puis il y a des mesures pour les fins de carrières, pour le remboursement des transports en communs, la hausse du nombre d’heures supplémentaires, la revalorisation des allocations sociales.

Est-ce que cela suffira aux syndicats ? 

Ça va être très compliqué. Pour le syndicat libéral ça pourrait suffire. Mais pour les deux autres syndicats rien n’est certain. La CSC avait accepté un accord avec 1.1% d'augmentation il y a deux ans.  Elle s’était montrée conciliante mais depuis elle a durci le ton avant les élections, dénonçant vivement la loi qui encadre la négociation des salaires.

La FGTB avait aussi signé en 2017. C’était exceptionnel. La FGTB n’avait plus approuvé d’accord depuis la crise financière en 2008. Ce qui montre bien l’état des relations sociales. Vu le contexte électoral, vu la mobilisation contre la loi qui encadre les salaires, les militants FGTB devraient se montrer pour le moins dubitatif. C'est d'autant plus vrai que cette marge de 1.1% a été relevée par une correction technique. L'inflation a été revue à la baisse, ce qui a ralenti l'indexation des salaires. Ce que l'on gagne en moins via l'index passe donc par une augmentation classique. Mais l'augmentation finale des salaires (4,5% environ) reste plus ou moins la même qu'au moment où les syndicats ont déclenché une grève nationale.  

Qu’est ce qui se passe si les syndicats ne signent pas ? 

La balle reviendrait alors au gouvernement fédéral. Or, il ne vous aura pas échappé que le gouvernement est en affaires courantes et est minoritaire. Il a donc très peu de marge de manœuvre pour agir. Son choix sera limité et devrait en toute logique mettre en oeuvre tel quel le projet d’accord ( sous les huées des syndicats).

Mais attention. Il y a au moins un projet d’accord. Ce qui est plus simple à gérer que si ça avait été le clash total. Quoi qu’il arrive désormais donc, qu’il soit approuvé ou non, ce projet place les rails de ce que seront nos salaires et nos allocations sociales pour les deux prochaines années. Et les rails vont suivre la même direction que depuis 10 ans maintenant. La question qui reste à trancher c’est donc : qui va l’assumer ?  

 

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