Pourquoi Benoit Lutgen quitte maintenant la présidence du CDH?

cdH : la tentative du renouveau
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Après huit ans de présidence du cdH, Benoît Lutgen a décidé de quitter cette fonction. "Je le fais avec un pincement au cœur", déclare-t-il sur le plateau de Matin première. "L'intérêt collectif doit l’emporter sur les intérêts personnels." Ce départ, à quelques mois des élections, était au cœur de la chronique de Bertrand Henne, ce mercredi matin sur La Première. Analyse.

 

Pour comprendre pourquoi Benoît Lutgen quitte le cdH, il faut remonter au 14 octobre. Je l’avais rencontré le 14 octobre à Bastogne où je suivais la soirée électorale. Il y a fait un carton. Et en même temps, il n’était pas à la fête car ailleurs les résultats du cdH ont été très contrastés, et au niveau global, c’est un recul à Bruxelles, dans le Hainaut et à Liège. Il avait déjà dit à qui voulait l’entendre ce jour-là que le parti ne pouvait pas continuer comme ça. Qu’il fallait un changement dans la manière de gérer le parti, de s’ouvrir aux citoyens… Cette réflexion mène aujourd’hui Benoît Lutgen à quitter la présidence. D'après un ponte du parti contacté ce matin, ce changement aurait du intervenir fin de l'année passée. Mais la crise fédérale autour du pacte des migrations à poussé le cdH à reporter cette annonce.

Un cdH qui ne décolle pas

Si le cdH avait cartonné aux élections, il serait sans doute resté. Mais voilà, il n’est pas parvenu à freiner l’érosion historique de la démocratie chrétienne même s'il a permis à son parti d'occuper le pouvoir dans les régions et à la communauté.

Benoît Lutgen paie sans doute surtout ses choix stratégiques. En particulier, le choix de rejeter le PS dans l’opposition et la manière de le faire. Par son appel du 19 juin 2017, il a isolé le cdH dans le jeu des alliances. Il s’est coupé du PS, il est brouillé avec Olivier Maingain, il n'est pas à la fête avec Ecolo et il s'oppose à une alliance avec la N-VA. Ça fait beaucoup. Cet isolement risquait fermer la porte du pouvoir au cdH. En laissant la place libre à Maxime Prévot, plus que certainement candidat et futur président, le cdH repart (presque) à zéro dans ses relations avec les autres partis. Quand, par exemple, on demande à Paul Magnette, presque futur président du PS, s'il pourrait encore travailler avec le cdH il répond toujours "pas avec le cdH de Benoît Lutgen". 

Maxime Prévot est-il là pour recoller les morceaux avec le PS?

Il est en tous cas plus compatible avec le PS que Benoît Lutgen. Mais en même temps, n’oublions pas que  Maxime Prévot était, dit-on, à 100% derrière la décision de rejeter le PS dans l’opposition. Il aurait été l’un des rares à avoir été mis dans la confidence en 2017 par Benoît Lutgen. N'oublions pas non plus qu'à Namur il a rejeté le PS dans l’opposition en s’alliant aux libéraux et aux Ecolos. Soyons clair, ce n’est pas l’aile gauche du cdH. Il n’est pas impossible que dans cette affaire il y ait eu une sorte de deal entre les deux hommes. Benoît Lutgen déscotche le cdH du PS et Maxime Prévot recolle les morceaux après.

L'homme neuf

Pour le cdH c’est l’occasion de créer un événement de campagne. D’anticiper quelque part le dégagisme ambiant, en renouvelant l’offre politique. On a vu que pour Ecolo le départ de Patrick Dupriez de la présidence a plutôt donné une dynamique positive alors que beaucoup de citoyens ne conçoivent plus la politique comme un métier. Face à Olivier Maingain qui est là depuis 1995, face à Elio Di Rupo là depuis 1999, même face à Olivier Chastel et Jean-Marc Nollet, Maxime Prévot va tenter d’incarner le renouveau, lui qui est dans une retraite stratégique depuis le changement d’alliance de juin 2017.

 

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