C'est septembre et c'est déjà Pâques

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Ce 20 septembre 2010 est donc une journée cruciale : nous l'avons lu à la une d'au moins deux quotidiens ce matin. Une journée cruciale, c'est une journée où l'on porte sa croix. Littéralement.

Crucial, crucifix, crucifixion, tout cela c'est de la même famille, la famille de ces mots qui disent le supplice et la torture. Et l'on a tout à coup des images de Golgotha dans la tête, c'est septembre mais c'est déjà Pâques, nous sommes depuis quelque temps dans le registre de la religion, que voulez-vous, c'est comme cela, et combien de fois tomber encore, nous demandons-nous, et se relever, va-t-on jamais pouvoir ?

Peut-être alors nous souviendrons-nous de ce 20 septembre comme d'un jour pesant, d'un jour grave, d'un jour où, peut-être, l'on a choisi de faire aussi une croix.

Depuis ce week-end, en tout cas, d'autres mots sont venus qu'on n'avait pas encore entendus, enfin pas comme cela, enfin pas vraiment par ici, des mots comme nationalisme, ennemi, agresser, encercler, adversaire. Un vocabulaire dont on dirait qu'il voudrait préparer un siège. Ou bien peut-être aussi ouvrir un piège.

Car nous ne savons plus très bien, n'est-ce pas, faire désormais le départ entre ce qui serait communication et ce qui ferait information. Ces mots dramatisants nous brouillent l'écoute : on dirait qu'on nous parle au travers d'un filtre, on ne comprend pas tout, on n'entend pas tout, nous avons des problèmes de perception et d'acuité, peut-être après tout sommes-nous tout de même un peu sourds, et comme elle est étrange, tout à coup, cette irruption du procès Lernout et Hauspie en ces temps où une technologie de reconnaissance vocale nous serait en effet fort utile.

Repenser alors au rêve prométhéen de Jo Lernout, vous savez bien : "De pouvoir parler un jour au téléphone dans une langue et d'être compris dans une autre"... Cette utopie était aussi une escroquerie et c'est fort dommage, car pour nous, dans notre Tour de Babel à trois étages, dans notre petite Tour de Babelgique, osera-t-on dire, une petite utopie langagière aurait peut-être bien aussi été cruciale.

Charles Picqué, tout à l'heure, dans Matin première, ne savait plus non plus comment faire le tour des mots : cession, scission, sécession, tout cela est venu d'un coup : un vocabulaire submergeant comme un paquet de mer du Nord, c'est trop à dire ou pas assez, et l'on voudrait bien nous aussi déplier le plan B. Pour lire ce qu'il y a dedans. Car si nos oreilles décidément nous lassent, peut-être nos yeux seront-ils d'un meilleur secours. Parce que oui, l'on voudrait bien savoir à la fin, si dans quelques années, nous aurons à nous souvenir de ce que nous faisions, le 20 septembre 2010. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

 

Paul Hermant

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