C'est le moment de faire la fête !

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Cette semaine, pas une gazette n'a fait l'économie d'un article sur la Wallonie, 30 ans d'institution régionale obligent. La plupart du temps sous l'angle de l'avenir de la région au regard des pourparlers menés au fédéral. Il est vrai que, par belle ou par laide, les compétences wallonnes vont gonfler.

Il y a des années que le mouvement est lancé. A lire l'historien Philippe Destatte, cela remonterait même à plus de 100 ans ! En 1894, l'alliance des libéraux et des socialistes - essentiellement wallons - échoue face à la majorité chrétienne qui en Flandre a trusté tous les mandats de députés. La bourgeoisie d'une Wallonie riche, industrielle et exportatrice craint alors de subir les diktats d'une Flandre vue comme rurale et conservatrice. Et les libéraux wallons vont réclamer une séparation administrative, un fédéralisme à l'américaine. Ca ne date donc pas d'hier, ces intentions !

Un nouveau 1830

Depuis quelque temps maintenant, c'est la Flandre qui réclame un statut dont la définition oscille entre autonomie accrue, confédéralisme, séparatisme.

La victoire de la N-VA aux dernières élections a toutefois ceci d'étrange qu'elle a libéré en peu de temps la Wallonie du tabou Belgique. Un peu comme cette révolution de 1830 que personne ne voyait venir une semaine avant qu'elle se produise, l'autonomie d'abord, le séparatisme ensuite se sont très vite faits une place dans la tête d'un nombre croissant de sudistes.

Sans doute, faut-il y voir d'abord une bonne part de réaction émotionnelle, irritée (Après tout, qu'ils s'en aillent s'ils en ont tant envie). Réaction confortée par le discours politique (Prendre son avenir en mains, préparer le plan B). Des propos qui paraissent prendre de vitesse les politiciens qui les ont tenus.

Viable ?

Voilà le contre-pied, la grande question posée un peu partout et dont vous lisez ou entendez les développements dans la presse ! Curieusement - comme si le Belge du sud n'avait qu'une mentalité de mercanti - la question de la viabilité d'une Wallonie aux compétences élargies ou carrément séparée de la Flandre s'envisage sur le mode portefeuille.

Entrent en scène des analystes supposés techniques et donc clairvoyants, les économistes qui préconisent à toute force le statu quo : «inenvisageable», «c'est se planter», «trop d'obstacles», «nous sommes trop petits», «la dette», «y perdre trop»...

En le regrettant ou en le constatant simplement, je l'ignore, le président de l'Union Wallonne des Entreprises, Jean-Pierre Delwart, rappelle, lui, avec beaucoup de bon sens que la volonté politique n'est pas tenue par les réalités économiques. A ce compte, les deux Allemagnes ne seraient toujours pas réunifiées !

Plan A / Plan B

Si l'on veut bien admettre que la négociation du plan B - actuellement toujours de la politique-fiction - ne serait sans doute pas plus simple que celle du plan A, réduire la question à des risques réels mais sans doute surmontables de diminution de standing, cela a un côté mesquin auquel l'homme de la rue, plus digne, a jusqu'ici échappé.

Plan A ou Plan B, une chose est au moins certaine : si les négociations fédérales aboutissent, les compétences attribuées aux régions vont considérablement augmenter. Et si elles n'aboutissent pas... elles augmenteront plus encore.

Depuis que la Wallonie a pris - partiellement - en mains sa destinée, énergie, commerce extérieur, économie, emploi, aménagement du territoire, agriculture... la réussite n'a pas toujours été au rendez-vous. On a côtoyé le meilleur et le pire.

Le redressement est-il en cours ? Il semble. Difficile d'être plus affirmatif ! Si redressement il y a, il paraît désormais évident aux négociateurs francophones qu'il passera par une plus grande prise de responsabilités, donc par plus de risques. Mais sans doute également par une fierté retrouvée en face de la Flandre aujourd'hui perçue comme adversaire, demain peut-être comme partenaire mais probablement plus pour très longtemps comme conjoint.

 

C. Defoy

 

Sur la décentralisation du pouvoir et l'analyse de ce que la Région Wallonne en a fait, l'interview de Philippe Destatte, historien et Directeur de l'Institut Jules Destrée.

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