Coronavirus : Bruxelles et les marchands de déni

Bruxelles a-t-elle trop tardé à prendre des mesures contre la recrudescence de l’épidémie de coronavirus ? Les autorités de la région ont-elles été dans le déni ? La question se pose de plus en plus. Bruxelles est sous pression, comme beaucoup d’autres grandes villes en Europe. Paris, Munich, Madrid, Francfort ou Anvers. Toutes des villes qui ont dû prendre des mesures spécifiques. Ce qui se passe chez nous est malheureusement assez logique. Ce n’est bien sûr pas une fatalité, car d’autres grandes villes parviennent à maintenir les infections, mais ce n’est pas non plus une spécificité bruxelloise.

Par contre ce qui est une spécificité de Bruxelles, c’est que c’est aussi une région et une région qui, en Belgique, traîne toujours derrière elle sa naissance au forceps de 1989, vécue comme un traumatisme au nord du pays. Depuis Bruxelles sert assez souvent de coupable tout trouvé en Flandre. Ses 19 communes seraient trop morcelées, ses zones de police inefficaces, sa Cocof incompréhensible, ses politiciens trop clientélistes et trop socialistes. Il pèse donc sur la Région bruxelloise un déficit de légitimité et d’image en Flandre que l’on retrouve même d’ailleurs aussi en Wallonie. Et ce tropisme, on le retrouve une nouvelle fois à l’œuvre dans la gestion de la crise corona.

Doigt accusateur

Cela commence tout doucement, que ce soit parmi les experts ou les politiques, certains estiment que Bruxelles aurait dû agir beaucoup plus tôt il y a deux ou trois semaines déjà quand les chiffres montraient les premiers signes d’un emballement. Que le ministre de la Santé Alain Maron n’a pas réussi à prendre en main l’épidémie, en particulier sa diffusion rapide dans certaines communes Molenbeek, Schaerbeek ou Saint-Josse où la densité de population et la coexistence de plusieurs communautés différentes rendent les efforts de communication plus complexe.

Bien sûr, il y a à redire dans la gestion de l’épidémie à Bruxelles, c’est évident. C’était déjà évident lors de la première vague. Mais des défaillances, il y en a eu aussi en Flandre et en Wallonie. Les Régions ne sont pas parvenues à démontrer clairement aux citoyens la plus-value qu’elles pouvaient avoir à gérer elles-mêmes une partie des compétences de santé.

Relâchement

Pourtant, accuser Bruxelles d’avoir tardé à réagir c’est oublier un peu vite le contexte dans lequel on était il y a deux ou trois semaines. A l’époque, Sophie Wilmès nous annonçait un relâchement des mesures. On faisait éclater une bulle sociale de 5 personnes qui, soi-disant, n’avait plus de légitimité. C’était le résultat des coups de boutoirs donnés par des cartes blanches signées d’experts francophones ou flamands.

Parmi ces prises de position, il y avait celle de Lieven Annemans, économiste de la santé. Au mépris des chiffres, il annonçait dans le journal De Tijd mi-septembre qu’il n’y avait pas d’augmentation de l’épidémie. Qu’il n’y avait là qu’un phénomène statistique lié au nombre de tests. Qu’il fallait relativiser les 30 hospitalisations quotidiennes par rapport aux 7000 personnes hospitalisées pour toute sorte de raisons. Qu’il fallait arrêter de paniquer. Il concluait par une évidence : "Nous ne devons pas détruire la société dans la lutte contre le virus".

Pourtant le virus ne cesse de nous démontrer partout dans le monde qu’il détruit la société si on ne lutte pas contre lui. Mais cette carte blanche, avec d’autres du même acabit, a participé à une démobilisation face au virus. Jean-Luc Gala, Bernard Rentier, Pierre-François Laterre ont occupé le devant de la scène pour décrédibiliser les virologues et épidémiologistes étiquetés comme "marchands de peurs". Les décisions du Conseil national de sécurité qui ont suivi cette vague de scepticisme ont participé à donner un signal général de relâchement.

Pointer du doigt Bruxelles, une ville ou une région, pointer du doigt des "communautés" particulières de citoyens, c’est oublier la vague de déni et de crédulité qui nous a frappés mi-septembre. La crédulité, la croyance non étayée et non scientifique que les chiffres ne montraient pas la réalité, que la dictature des experts de Scienscano nous mentait pour délibérément entraver nos libertés.

Pourtant aujourd’hui nous nous retrouvons avec 100 hospitalisations par jour en augmentation constante, avec des hôpitaux obligés de répartir les malades.

S’il faut trouver des responsables à ce que nous vivons aujourd’hui il ne faudrait surtout pas oublier les marchands de crédulité, les marchands de déni qui nous disaient il y a encore trois semaines que la situation n’avait rien d’inquiétant.

 

 

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