Bruxelles, les vaccins de la discorde

Les Bruxellois sont-ils victimes du transfert indu de vaccins vers la Flandre et la Wallonie ? Les Bruxellois se retrouvent dans une position qu’ils connaissent bien, comprimés, coincés entre les intérêts des deux grandes régions.

"On veut nos doses"

C’est un peu le message qui commence à monter à Bruxelles. Ce n’est pas neuf d’ailleurs. Depuis le début de l’année, Bruxelles soupçonne qu’une partie significative des doses administrées à Bruxelles ne vont pas dans les bras des Bruxellois. Or, qu’on le veuille ou non, les Régions sont engagées dans une course. Politiquement il n’y en a que pour Christie Morreale en Wallonie et pour Wouter Beke au Nord. Et cette course a ses symboles. En Flandre la date du 11 juillet, la bataille des éperons d’or, devient la bataille des seringues d’or. Le 11 juillet, est avancé pour atteindre le Graal, la fameuse immunité de groupe plus de 70% des adultes vaccinés.

Dans cette course la Wallonie est bien placée. Un peu devant la Flandre. Derniers chiffres : 53% des Wallons et Wallonnes ont reçu une piqûre au moins, 51% des Flamands, mais seulement 39% des Bruxellois.

C’est pas nous

Bruxelles est donc à la traîne. Dès le mois de février les Bruxellois ont tenté d’expliquer ce retard par le fait qu’ils vaccinaient beaucoup de non Bruxellois, en particulier le personnel de soins qui travaille à Bruxelles, et qui pour une bonne partie n’habite pas Bruxelles. Mais, une fois les soignants vaccinés, l’écart n’a pas cessé. Car le phénomène n’a pas cessé, Bruxelles continue de vacciner des non Bruxellois, des Européens, des Flamands, des Wallons.

Hier Sciensano a fait tomber les chiffres. Il y a 365.000 personnes vaccinées à Bruxelles aujourd’hui. Mais quelque 120.000 doses ont été administrées à Bruxelles à des Wallons et Flamands et sont donc comptées dans les statistiques des Wallons et des Flamands. Le calcul n’est pas très compliqué, si Bruxelles avait administré ces 120.000 doses à des Bruxellois seulement, il y aurait aujourd’hui près de 500.000 Bruxellois adultes vaccinés, près de 50%. La capitale passerait même devant les autres ou en tout cas en serait proche. Ce qui est logique, puisque les doses ont été distribuées au prorata de la population.

On s’en fout ?

Mais est-ce que c’est important ? Car au fond, l’objectif c’est que le plus de monde possible soit vacciné non, peu importe le lieu. Sauf que chaque Région est politiquement responsable devant sa population. Et plus encore devant les autres Régions. Ainsi le plus faible taux de vaccination à Bruxelles a pu justifier des remarques très peu fines du ministre flamand de la Santé sur le caractère méritant des Flamands, bien organisés, qui devraient pouvoir se déconfiner avant les francophones. Jan Jambon n’a pas vraiment été plus fin. Ça s’appelle la responsabilisation.

Or ici Bruxelles peut légitimement défendre qu’elle ne mérite pas ce qui lui arrive et qu’elle est victime d’un ensemble de mécanismes qui joue en sa défaveur. Il est donc hors de question d’évoquer un traitement de faveur pour les Régions plus méritantes, puisqu’en réalité elles ne sont pas plus méritantes.

L’essence bruxelloise

Cette affaire touche à l’essence même de la politique Bruxelloise, cette idée que Bruxelles est mal servie dans le fédéralisme. Que Bruxelles est traitée de manière "utilitariste" par les autres sans penser à ses habitants. L’essence bruxelloise précède son existence, puisque c’est ce sentiment de manque de reconnaissance qui est à l’origine de la création de la Région (c’est au fond aussi le cas des deux autres). Aujourd’hui ce sentiment est toujours très présent. Bruxelles estime ne pas être traitée à l’égal des autres Régions, que Bruxelles est une sous-région.

C’est existentiel, mais c’est aussi actuel. Prenez l’offre de soins, Bruxelles soigne énormément de patients non bruxellois, la Stib véhicule beaucoup de non Bruxellois. Beaucoup de politiques bruxellois, après s’être disputés sur le fait de savoir si on peut conduire un bus avec un voile ou non, tomberont d’accord pour dire que la capitale paie le prix d’être une capitale, un donneur universel de services, sans recevoir suffisamment, même depuis le refinancement.

Rendez les doses !

Le fédéral pourrait donner plus de doses à Bruxelles pour les prochaines semaines, pour compenser. Mais la Flandre et la Wallonie ne sacrifieront pas leur campagne et leur moment de gloire politique pour que Bruxelles puisse avoir le sien.

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