Bruxelles et ses bâtards

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Un consultant payé 1000 euros par jour durant 18 ans à la Ville de Bruxelles. Même si ça surprend à raison, c’est un tarif assez courant. Pour des consultants très spécialisés, c’est même beaucoup plus élevé que cela. Et le pire, c’est que beaucoup pensent réellement valoir autant que cela.

Non, le problème est ailleurs. Premier problème, propre à Bruxelles-ville, c’est la très haute idée que la ville de Bruxelles a d’elle-même.

Bruxelles-ville, État dans l'État

C’est un peu un État dans l’État, ou plutôt une région dans la région. Qui se permet un train de vie assez généreux, des créations de structures très originales, parce qu’elle le vaut bien. Le Samusocial, aujourd’hui le GIAL, des ASBL aux côtés de la Ville qui ont étendu leur rayon d’action et concurrencent la région bruxelloise.

Il y a derrière tout cela une lutte de pouvoir entre la Ville et la région, comme il y en a une d’ailleurs en Wallonie entre la région et Liège autour de Publifin.

Ces affaires ont en commun de révéler le poids des communes et des structures qu’elles mettent en place et aussi la faiblesse des régions par rapport à elles. Des régions qui réagissent et trouvent petit à petit leur place et cela joue des coudes. Cette lutte de pouvoir c’est aussi à ça que l’on assiste ici. 

Recours abusif aux consultants

Deuxième problème révélé par cette affaire, le recours aux consultants. Il devient chronique et se généralise dans le public.

Ce qui est compréhensible, c’est le recours ponctuel. Une nouvelle technologie arrive, l’administration n'a pas d’expertise en interne, elle va donc la chercher à l’extérieur pour réagir très vite. Autre cas de figure, un rapport de consultance pour aller chercher du neuf là où des blocages existent. C'est d'ailleurs un audit externe qui a révélé cette dernière affaire. 

Mais ici on assiste à une tendance lourde. Les communes, les administrations, les entreprises publiques externalisent de plus en plus. L’expertise en fait partie.

La raison est simple, toutes ces autorités se sont données ou ont reçu comme injonction de prendre modèle sur le privé, d’être efficace, de s'adapter rapidement. Et donc on a outsourcé comme on dit dans cette nov-langue managériale. Certains ont fait des choix très clairs : appel d’offre et recours au privé ou se sont reposés sur les ressources de l’administration.

Les bâtards de la démocratie

Mais d'autres, surtout côté socialiste même s’ils n’en ont pas le monopole, se sont mis à imaginer des formules hybrides, pour éviter la privatisation et la perte de contrôle qui va avec. Au bout du compte, cela donne naissance à des bâtards entre le public et le privé, des ASBL à Bruxelles, des intercommunales à Liège. Aujourd’hui, ils sont sommés de choisir. Avec cette quadrature du cercle. Se moderniser, choisir une gouvernance transparente sans affaiblir durablement la capacité d’action des pouvoirs publics.
 

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