La comédie des platanes

Bruxelles en clair-obscur: la comédie des platanes
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Le gouvernement bruxellois a enfin tranché dans le dossier du réaménagement de l’avenue du Port: le projet initial sera poursuivi. Il n’y a pas de consensus parmi les ministres pour tout annuler et accoucher d’une nouvelle épure, plus conforme aux souhaits des habitants. Et, pourtant, à l’arrivée, hormis les platanes et les pavés, tout le monde s’avère gagnant. Décodage.

Vox populi entendue

En prenant ouvertement position en faveur d’une révision du projet, les membres Ecolo du gouvernement et le secrétaire d’Etat à l’urbanisme, le PS Emir Kir, ont montré qu’ils étaient sensibles aux revendications des riverains. Dame, les élections communales se profilent et il n’est jamais bon d’apparaître sourd aux clameurs de la vox populi. Même si, comme l’a martelé à chaque occasion le ministre-président Picqué, les opposants au projet se sont mobilisés bien tardivement, une fois le permis d’urbanisme délivré et le marché de travaux attribué à un entrepreneur.

En restant au-dessus de la mêlée, tout en prêtant une oreille bienveillante aux demandes des habitants, Charles Picqué a agi en chef d’équipe, soucieux de préserver la cohésion de son gouvernement. Bien sûr, les relais des opposants au sein du gouvernement n’étaient pas dupes. Ils savaient qu’ils n’avaient guère de chances de revenir en arrière. Mais qu’importe. Le positionnement est en l’espèce plus important que le résultat final. Et ils pourront, comme d’habitude, faire porter le chapeau à Brigitte Grouwels, bouc émissaire commode chaque fois qu’une tension secoue l’exécutif bruxellois.

Grouwels en bonne gestionnaire

De son côté, la ministre des Travaux publics, Brigitte Grouwels, peut, elle aussi, marquer des points. Elle est apparue solide, ferme et soucieuse de ne pas gaspiller l’argent public: renoncer au projet aurait en effet coûté près de trois millions, selon ses propres calculs (contestés, il est vrai).

En campant sur ses positions, elle défend aussi les intérêts du port de Bruxelles, dont elle assure la tutelle. Le Port est en effet favorable au remplacement des antiques pavés disjoints de l’avenue par un billard en béton pour les véhicules desservant les entreprises installées le long de la voie d’eau.

Enfin, sur le plan électoral, Brigitte Grouwels n’a guère de souci à se faire. Elle ne brigue aucun mandat à l’échelon local et son parti, le CD&V, se présente généralement en cartel avec le CDH, ses candidats bien planqués entre les ténors du parti démocrate-humaniste. Lequel CDH n’a pas brillé par la clarté de son positionnement dans ce dossier. Son ministre bruxellois, Benoît Cerexhe, n’a guère fait entendre sa voix. Et, de source gouvernementale, on le dit plutôt sur la même ligne que Brigitte Grouwels. En revanche, le CDH de la Ville de Bruxelles a embrayé le pas aux revendications des riverains. Plutôt gonflé quand on veut bien se rappeler que l’échevin de l’urbanisme de la Ville n’est autre que le …CDH Christian Ceux.

L’opposition jubile

L’opposition MR aussi se retrouve gagnante au bout du compte. Elle a beau jeu de dénoncer la cacophonie du gouvernement dans un dossier pourtant guère idéologique et sans relent communautaire. Et elle peut réclamer à bon compte et sans risque le retrait du projet sans apparaître comme celle qui gaspille les deniers publics, puisqu’elle n’est pas aux commandes.

Enfin, dans toute cette saga, Brigitte Grouwels a gagné son surnom: la blonde platane.

P. Carlot
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