Boston, l'examen de conscience des médias

Alain Gerlache
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Alain Gerlache - © RTBF

Après l’attentat de Boston et la gigantesque chasse à l’homme qui l’a suivi, l’heure est maintenant à la réflexion pour les médias américains.

Dès avant la double explosion sur la ligne d’arrivée du marathon jusqu’aux célébrations après l’arrestation de l’auteur survivant, ce drame a été massivement couvert par les médias et le web. Presque davantage que les attentats du 11 septembre qui datent d’avant l’arrivée des médias sociaux et des plateformes de photos et de vidéos. On mesure le chemin parcouru en un peu plus d’une décennie. Pour le meilleur et pour le pire.

Cet exercice de crowdsourcing, d’implication du public via internet, a produit une énorme quantité de témoignages qui ont été analysés, parfois image par image, non seulement par les forces de police, mais aussi par des internautes et les médias. Un travail colossal, devenu rapidement ingérable, mais qui a permis à l’enquête de progresser rapidement. Revers de la médaille : la prolifération des fausses pistes et la dénonciation d’innocents sur les réseaux sociaux, une forme de lynchage sur internet qui a de quoi inquiéter. Surtout s’il est suivi un jour d’un passage à l’acte.

Et les médias classiques ne sont pas en reste. Dans les heures qui ont suivi l’attentat, CNN mettait en ligne un article qui recensait "5 fausses infos virales sur internet". Mais dès le lendemain, le même CNN se faisait clouer au pilori après avoir balancé un scoop complètement faux à propos de l’arrestation d’une personne. Et ce n’est qu’un exemple.

Lors de chaque événement, c’est le même problème qui se pose et qui suscite les mêmes débats. Avec les mêmes plaidoyers comme celui de ce journaliste spécialisé dans les questions de sécurité qui rappelle qu’"il est plus important d’être exact que le premier. Idéalement, il faudrait être exact et le premier".

C’est plus facile à dire qu’à faire, d’autant que le public est parfois ambigü : il condamne l’empressement des médias, mais s’impatiente dès qu’une rumeur n’est pas immédiatement confirmée ou démentie.

D’autres prennent le contrepied comme ce journaliste du Washington Post qui pose la question iconoclaste : "Les erreurs se produisent, mais est-ce important ?" Son point de vue : c’est clair qu’elles se propagent très vite et il faut les traquer et les condamner. Mais avec internet, elles n’ont jamais été contredites aussi vite. Il ne faut que quelques instants pour modifier un tweet ou mettre à jour un site d’infos. Mais il faut plusieurs heures pour corriger une erreur commise dans un JT et une journée pour rectifier une info parue dans un journal imprimé.

Inutile de dire que cette position suscite le débat ! Et le rappel de cette maxime enseignée dans les écoles américaines de journalisme : "Si votre mère vous dit qu’elle vous aime, vérifiez !"

#médiaTIC @AlainGerlache

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