BHV? R.A.S.

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde commence à être votée. Dans une indifférence à peu près proportionnelle à l'émotion suscitée lors d'un premier vote en 2007. BHV est-il encore un problème?

 

7 novembre 2007, les députés flamands unanimes (sauf une Groen !) votent en commission de la Chambre la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Le tollé est général, la crise politique profonde et la Belgique semble (une fois de plus…) au bord du gouffre.

5 juin 2012, les sénateurs francophones unanimes (avec le renfort d’une courte majorité flamande) votent en commission du Sénat la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. L’indifférence est quasi- générale. Certains quotidiens néerlandophones n’accordent même pas une ligne à cette revendication cinquantenaire du nationalisme flamand. Certes, les deux textes de loi ne sont pas complètement comparables. Le texte de 2007 (une proposition CD&V promise par un certain Yves Leterme et co-signée à l’époque par Herman Van Rompuy) se présentait de manière plus radicale, n’offrant guère de compensations aux Francophones.

Des élections, une interminable crise politique, l’acharnement d’un homme, des partis aculés à l’accord et un certain marchandage ont finalement permis l’improbable compromis.

Mais, on a un peu l’impression que la classe politique est déjà mentalement, passée à autre chose. La N-VA prépare déjà la phase suivante ; le vote de ce premier volet de la réforme de l’Etat passera finalement comme une lettre à la poste. Les esprits sont déjà ailleurs et se demandent comment négocier les prochains rendez-vous, comment endiguer le tsunami N-VA qui menace tant aux communales d’octobre 2012 qu’aux régionales, législatives et européennes de juin 2014. La 6ème réforme de l’Etat n’est pas encore votée que la 7ème est déjà en gestation.

Six mois après avoir pris ses fonctions, Elio Di Rupo rappelle son ambition : montrer que son gouvernement est capable de réformes, qu’il obtient des résultats tant sur le plan institutionnel que sur le plan socio-économique ou que la Belgique est redevenue crédible auprès de ses partenaires ou des marchés financiers. C’est tout le pari de la coalition en place et plus peut-être encore pour les partis flamands qui la composent. Ces trois-là (CD&V, Open-VLD, SP.A)  minoritaires en Flandre (43 sièges des 88 députés flamands), le seraient encore plus demain (37,8% des intentions de vote ensemble, selon le dernier sondage RTBF) mais tentent malgré tout de démontrer qu’eux peuvent débloquer la situation, à l’inverse de la N-VA.

Ce pari reste à hauts risques. On devrait en avoir une première estimation lors des communales d’octobre. Venant de nulle part, sur ce terrain, la N-VA ne pourra que progresser. Reste à voir dans quelles proportions. Le véritable défi est désormais fixé à juin 2014 où la réforme votée en 2012 paraîtra bien loin. La N-VA ne parlera plus de scission de BHV (déjà maintenant, les nationalistes assurent le service minimum sur la question) mais de la séparation d’un pays où " décidément les Francophones coûtent trop chers à la Flandre ", où " la minorité peut bloquer les aspirations d’une majorité ".

Six mois après sa prise de fonction, Elio Di Rupo fait donc le pari inverse. Il n’a pas d’autres choix mais il court aussi le risque de rester très longtemps en affaires courantes après juin 2014.

La Belgique dispose d’un répit. BHV n’est plus le problème, mais sans doute plus tout à fait le début de la solution.

 

Philippe Walkowiak

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