Belgique, ton univers fiscal impitoyable

Belgique, ton univers fiscal impitoyable
2 images
Belgique, ton univers fiscal impitoyable - © Tous droits réservés

Revenons sur deux chiffres ce matin. Deux chiffres qui permettent, peut-être, de comprendre pourquoi chez nous s’exprime le malaise des gilets jaunes. Pourquoi chez nous, en France et pas ailleurs en Europe. Prenez d’abord les chiffres très officiels d’Eurostat, l’organisme européen des statistiques, sur la pression fiscale en Europe. Il révèle que nous sommes le deuxième pays le plus taxateur derrière la France. Il montre aussi que la pression fiscale a augmenté chez nous en tous les cas entre 2016 et 2017.

C’est quoi cette pression fiscale?

C’est l’addition des recettes issues des impôts et des cotisations sociales. C’est à dire tout ce que l’Etat ponctionne aux entreprises et aux citoyens, TVA, accises, impôts, précomptes. On le rapporte à toute la richesse produite sur une année, c’est le fameux PIB. Et on arrive à un rapport: 47,3% du PIB. Presque la moitié de la richesse créée. C’est un chiffre qui augmente chez nous.

Conclusion: quoi qu’on en dise à gauche, le tax shift est bien un glissement de fiscalité, pas une baisse de fiscalité qui vide les caisses de l'État. D'ailleurs, on assiste à une relative stabilité de la pression fiscale depuis le début des années 2000.

Cette stabilité, on la retrouve dans la plupart des pays en Europe sauf quelques cas intéressants. Ceux qui ont fortement augmenté en 15 ans sont la France, la Grèce et les Pays-Bas. Parmi ceux qui ont fortement baissé leur pression fiscale, on retrouve l’Irlande. Tenez-vous bien, la pression fiscale y est passée de 29% en 2002 à 23% en 2017. Elle y est moitié moins forte que chez nous.

Mais l’autre leçon est pour la droite. Voilà donc que ce gouvernement le plus libéral et le plus à droite depuis les années 80 a réussi à encore faire augmenter un peu la pression fiscale chez nous. L'ADN du “moins d’impôts”, "moins d'État" des partis comme le VLD, le MR, la N-VA ne se traduit pas dans une baisse de la pression, mais plutôt dans un déplacement de la pression fiscale. Et là, on constate un déplacement vers la fiscalité directe, les accises par exemple. D'une manière plus générale, toute la "réforme fiscale" portée par les libéraux depuis la fin des années 90 au fédéral ne se traduit pas dans une baisse de la pression fiscale globale. 

Stagnation des salaires

L’autre chiffre c’est 0. C’est celui avancé par la FGTB qui estime que l’on risque d’avoir une évolution très légèrement négative des salaires pour les deux prochaines années, -0,2%. Un chiffre à prendre avec des pincettes puisque le chiffre officiel de la marge de progression des salaires est fixé par le conseil central de l’économie en janvier. Il faudra donc attendre pour avoir une donnée fiable. Mais il n’empêche que l'évolution salariale a été très modérée ces dernières années et que s'il y a une augmentation des salaires (hors index et barèmes liés à l'ancienneté) à venir, elle sera de toute façon très faible (autour d'1%). 

Résumons. Pression fiscale générale élevée, en hausse. Hausse très modérée des salaires. Voilà de quoi objectiver sans doute, un peu, le sentiment de ras-le-bol d’une partie de la population (j'ai traité plus en profondeur les éléments constitutifs de ce ras-le-bol ici.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK