La Belgique face au Covid, le moment de vérité

Belgique, le moment de vérité
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Les écoles secondaires seront fermées mercredi et passent à l’enseignement à distance. Chaque jour ou presque une nouvelle décision est prise. Est-ce que la Belgique est une poule sans tête face à l’épidémie ?

C’est évidemment l’impression que laisse le scénario du week-end. Des décisions sont annoncées avec les régions et le fédéral vendredi, puis des décisions wallonnes en partie contradictoires suivent quelques heures plus tard puis des décisions bruxelloises samedi. Enfin, dimanche une nouvelle décision sur l’enseignement à distance dans le secondaire tombe.

Procrastination

L’intensité de cette deuxième vague a surpris les politiques. Entre prudence et déni, ils ont tardé à prendre des mesures, persuadés aussi qu’agir trop tôt n’aurait pas été compris par une partie de l’opinion. De l’avis (très partagé) des virologues et épidémiologistes, ces mesures ont minimum deux à trois semaines de retard.

Cette procrastination conduit à la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons. Elle place les politiques face au pied du mur où ils ne voulaient pas aller. Ce mur qu’a connu l’Italie en mars, celui de la saturation hospitalière. Désormais les chiffres explosent et s’imposent. Les rapports s’accumulent et poussent à l’action. Ainsi ce week-end un rapport du Céléval à propos des nombreux cas d’infections à l’école a conduit à la décision du distanciel dans le secondaire à partir de mercredi côté francophone. En Flandre, on est moins radical. Le congé de Toussaint sera allongé, comme c’était déjà le cas côté francophone. Ben Weyts ministre flamand de l’enseignement freine le plus possible les mesures de restriction, mais il a bien dû se résoudre à copier avec retard les mesures prises dans le Sud.

Les failles de la maison Belgique

Si la première raison de cette valse de mesure est liée à la procrastination des politiques francophones, la deuxième est plus politique. C’est la prise de conscience, tardive là aussi, que les Francophones allaient devoir se débrouiller avec "leur" épidémie.

La prise de conscience francophone remonte au Week-end du 17 octobre. Ils ont alors cru qu’ils pourraient être entendus au sein du comité de concertation la semaine suivante. Dans ce comité où siègent les entités fédérées et le fédéral ils ont demandé des mesures fortes comme lors de la première vague. Que nenni. Ils ont pris la rigidité de la N-VA en pleine face. Une rigidité évidemment liée au fait que l’épidémie est moins intense au nord. Une rigidité qui a aussi avoir avec le fait que la N-VA rejetée dans l’opposition ne veut plus faire de cadeau.

La faiblesse des mesures annoncées vendredi matin a suscité de multiples réactions du monde médical. Les Wallons ont donc pris les choses en main, les Bruxellois également.

Ces politiques différenciées sont souvent vécues comme un psychodrame côté francophone. Mais le fait régional s’impose, et ce n’est que logique. L’anormalité c’est que les régions ont été trop longtemps passives voire invisibles dans la gestion de cette crise alors qu’en Suisse, en Allemagne aux Etats unis, les Cantons, les Landers les Etats prennent beaucoup d’initiatives.

A ce titre d’ailleurs, la Flandre sera peut-être contrainte de prendre les mêmes mesures que les francophones puisque l’épidémie flamande semble suivre avec retard la même courbe que la nôtre. Ben Weyts, N-VA, ministre flamand de l’enseignement, est contraint d’allonger le congé de Toussaint comme nous. Des bourgmestres de la périphérie flamandes demandent les mêmes mesures qu’à Bruxelles.

Toute la question c’est de savoir si cette rupture dans la gestion politique va dégénérer, comme on le voit en Espagne, dans une opposition entre régions et fédéral, ou entre régions entre elles. Ce serait dramatique pour la santé des Belges et peut-être pour la Belgique.

Une certaine idée de la solidarité

Les deux prochaines semaines seront une épreuve de force pour la Belgique. La prise de responsabilité régionale étant actée, tous les regards se tournent vers le fédéral. Comment soulager les hôpitaux francophones aujourd’hui ? Par la répartition des malades entre les différentes structures du pays. Il existe des règles mais on ne peut contraindre un hôpital à accepter un patient déjà hospitalisé ailleurs. C’est au fédéral d’assumer une solidarité entre hôpitaux et faire preuve d’autorité.

Sinon, le risque c’est qu’un Wallon meure un jour dans un couloir d’un hôpital de Liège faute de soins alors qu’à Saint-Trond il reste des places vacantes. Ce n'est pas un risque théorique, le bourgmestre N-VA d’Alost a déjà averti qu’il ne voulait plus de patients bruxellois à Alost.

Si cette situation se produit, il faudra alors que les francophones considèrent que la santé n'est plus le bien commun de tous les Belges , le plus petit dénominateur commun du pays. Il faudra alors qu'ils se posent d’autres questions beaucoup plus existentielles sur leur avenir dans ce pays.

Nous n’en sommes pas là, mais on sait que l’Etat Belge va être mis à l’épreuve comme jamais ces deux prochaines semaines. L’historien de la santé Patrick Zylberman explique que les épidémies ont toujours constitués des moments de vérité pour les institutions. Parfois elles détruisent des états déjà très affaiblis, comme Athènes au 5e siècle, parfois elles renforcent les Etats.

Pour l’Etat Belge, embourbé dans les structures baroques de la 6e réforme de l’Etat, cette deuxième vague sera un moment de vérité.

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