Bart De Wever, le plus libéral

Le Roi et son entourage se conforment généralement aux avis des principaux négociateurs. Mais, cette fois, la N-VA souhaite voir les libéraux revenir dans le jeu politique, pas le PS.

Le Palais est obligé de temporiser : le chef de l'Etat devrait voir les présidents des deux partis libéraux, mais pas tout de suite.

Bart De Wever a envoyé valdinguer les négociations mais il a surtout réactivé les clivages traditionnels de la société belge depuis 1830. Dans tous les bons manuels, on vous apprend que la Belgique s'est constituée essentiellement autour de trois clivages : gauche-droite, flamand-francophone, laïc-catholique.

Bart De Wever a surtout activé jusqu'ici les différences linguistiques et y a donc ajouté récemment l'aspect socio-économique.

Pour plusieurs politologues, la N-VA présente le programme le plus "libéral" de tous les partis belges. Le président de la N-VA ne s'en est pas caché lors des négociations, "le VOKA (ndlr les PME flamandes) est mon patron", a-t-il déclaré lors de négociations en août. Ce qui faisait dire à un négociateur flamand, "ce qui est bon pour VOKA est donc bon pour Bart De Wever et ce qui n'est pas bon pour VOKA n'est pas bon pour Bart De Wever."

Au niveau budgétaire, la N-VA est radicalement opposée à toute hausse d'impôt. Les économies à réaliser d'ici 2015 (22 milliards) seront à réaliser par des diminutions de dépenses de l'Etat. C'est aussi pourquoi Bart De Wever tient tant à l'autonomie fiscale de la Flandre et au fait que 50% au moins de l'IPP soit prélevé par les Régions. L'impôt des sociétés devrait lui aussi être régionalisé, comme des pans entiers de la sécurité sociale.

Pour limiter les dépenses fédérales, la N-VA souhaite également limiter les allocations de chômage dans le temps, supprimer les prépensions ou prolonger les carrières de travail. Dans la même logique, les nationalistes flamands plaident pour une réduction drastique du nombre de fonctionnaires ou la régionalisation de la SNCB.

Jamais le MR ou l'Open-VLD ne vont si loin.

Bart De Wever sait que son succès électoral est aussi dû à cette classe moyenne flamande à qui il a promis qu'elle ne serait pas touchée par le programme d'austérité que tôt ou tard la Belgique devra mettre en œuvre. Et la manière, d'y arriver c'est plus d'autonomie pour la Flandre (comprenez moins de solidarité avec la Wallonie ou la Belgique fédérale).

Dans cette logique, les nationalistes flamands donnent à présent l'impression de vouloir négocier le communautaire avec le PS et le socio-économique avec le MR ! De quoi bloquer durablement les négociations, à moins que ce ne soit le but recherché...

 

Philippe Walkowiak

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