Bart De Wever, la Flandre et la culture dominante

Bart De Wever, la Flandre et la culture dominante
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Bart De Wever sort un livre de théorie politique et soigne son profil de futur ministre-président flamand. Un livre argumenté, charpenté où il détaille sa vision de l’identité. Pas de grande surprise, Bart De Wever avait déjà expliqué plusieurs fois sa vision conservatrice. 

On résume : il considère que ce qui fait une communauté politique c’est le produit d’une tradition culturelle historique. Ce qui implique qu'être citoyen flamand, ce n’est pas seulement respecter les lois flamandes (comme le postule la vision libérale), c’est en plus d'être de culture flamande. Il oppose le “nous” théorique du libéralisme, au “nous” incarné, organique des conservateurs. Il oppose le “multiculturalisme” à la défense des “cultures multiples”. Ce qui implique que l’immigration doit être limitée pour préserver les cultures particulières et éviter que l'identité de la communauté se dissolve. Tout ça on le savait déjà. Ici, Bart De Wever affine en particulier le concept de "Leidcultur" (culture dominante). En l'occurrence, la culture flamande en Flandre qui doit être défendue face au relativisme culturel ambiant.

Extrême droite ou non ? 

Non. C’est une tradition que l’on retrouve beaucoup chez les républicains aux Etats-Unis, chez les conservateurs du Québec. C’est celle d’une partie des conservateurs anglais ou des conservateurs allemands. C’est d’ailleurs là bas, au début des années 2000, qu’est né le concept de "Leitkultur" que reprend Bart De Wever. L’idée est que le “multiculturalisme a échoué”. Qu’il faut, pour assurer l'harmonie de la société, une référence unique, une “culture dominante” que tout le monde doit respecter, y compris les immigrés. Outre-Rhin, il y a eu des débats très vifs entre droite et extrême droite sur ce qu’était la culture dominante et en particulier est-ce qu’elle s'accommodait ou non du port du voile. L’extrême droite de l’AFD a défendu une vision très fermée de cette culture, quasiment uniquement réservée aux Allemands de souche. Alors que la CSU, l’allié conservateur d’Angela Merkel, a défendu une vision plus ouverte : respect de l’égalité, de la laïcité, etc. C’est plus ou moins ce que défend Bart De Wever dans ce livre: neutralité de l’État, connaissance du néerlandais, valeurs des Lumières.

La N-VA c’est notre CSU à nous

Oui, quelque part la Flandre est notre Bavière, le land le plus riche d’Allemagne d'où provient la CSU. A noter que ce concept de "Leitkultur" a été fondé en Allemagne par un politologue musulman d’origine syrienne, Bassam Tibi. Au départ, il ne voulait pas définir ce qu’était l’identité allemande dominante, mais plutôt définir une identité de référence européenne, démocratique et laïque. Pour fonctionner, cette culture dominante doit être selon lui débarrassée de toute trace ethnique et donc dépasser le cadre national.

La N-VA : un discours pour tout le monde

Bart De Wever se profile donc dans la campagne comme un intellectuel. Ce n’est pas la première fois. Ce qui est frappant c'est d’observer comment Bart De Wever peut à la fois produire un travail intellectuel de qualité à destination des plus férus de théorie politique, et en même temps, produire un discours de provocation à destination de ceux que la politique n’intéresse plus. C’est une stratégie de communication “totale”. Rares sont les partis qui réussissent ça, c’est la recette de la N-VA pour devenir numéro un. Vous pouvez donc, si le cœur vous en dit, lire ce livre. Mais puisque vous êtes francophone, ce sera forcément dans un hamac, (pour reprendre la dernière provocation de Jan Jambon), avec un baxter, comme un junkie, pour reprendre encore d’autres saillies de la N-VA. Car, à côté du haut niveau intellectuel de Bart De Wever dans son livre, la N-VA n'hésite pas à aller dans le caniveau. Simplification, humiliation, rejet de l’autre, elle ne recule devant rien pour établir sa "culture dominante".

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