Avortement : la morale de l'éthique

Le débat sur l’avortement revient donc au parlement. C’est un signal politique assez intéressant.

Tout d’abord cela rappelle à tous que c’est bien le gouvernement qui est (depuis un peu plus de 300 jours maintenant) en affaires courantes. Le parlement lui ne l’est pas. Il peut donc tout à fait agir. Il le fait, pour contrôler les ministres démissionnaires. Mais il peut aussi trouver des majorités pour faire fonctionner les institutions et faire passer des textes. Il y en a eu plusieurs depuis 300 jours, mais depuis les élections assez peu. C’est normal, les antagonismes qui existent pour former un gouvernement se retrouvent au parlement sur la plupart des questions. En particulier les questions les plus urgentes, les questions budgétaires, économiques et sociales. Prenez la décision du gouvernement de ne pas valider le budget des soins de santé. C’est le gouvernement ultra-minoritaire, qui va avoir les coudées franches pour fixer ce qui doit ou non faire l’objet d’économies dans les soins de santé. Le parlement aurait été plus légitime, pour en discuter et trancher. Mais faute d’accord ce ne sera sans doute pas le cas.

L’éthique le plus petit commun dénominateur ?

Deuxième leçon, c’est sur des problèmes éthiques, par définition non urgents, que des avancées sont envisageables. On le voit pour la dépénalisation complète de l’avortement. Mais on l'a vu aussi à propos de l’allongement du congé de paternité (qui lui a en plus des implications budgétaires importantes) ou de la clause de conscience pour l'euthanasie. 

Il n’est pas dit que ces accords auront lieu, mais au moins il y a recherche d’un consensus. Il est assez remarquable qu’un sujet éthique aussi clivant que la dépénalisation totale de l’avortement, un débat qui dans de nombreux pays soulève des passions, soit chez nous un des rares sujets ou on pourrait trouver un accord, un consensus. Comme si les sujets éthiques devenaient le plus petit dénominateur commun de l’assemblée parlementaire et à travers elle de la population belge.

Ceci met au jour un aspect peu évoqué de l’élection du 26 mai : le recul des conservateurs en matière éthique. Malgré la progression du Vlaams Belang (+15 sièges), les conservateurs ont plutôt reculé dans le pays N-VA, CD&V et cdH (-18 sièges). Avec la montée en puissance des verts (+9), et du PTB-PVDA (+10), le rapport de force s’est légèrement renforcé en faveur des progressistes et pourrait déboucher, on le verra, sur une majorité. En 1999, ce clivage progressistes/conservateurs avait servi de ciment au premier gouvernement Verhofsadt, dont faisaient partie les verts, les socialistes et les libéraux. On imagine assez mal le PTB et le VLD ensemble dans un gouvernement. Mais cela pourrait au minimum servir de base à un rapprochement entre les verts, les rouges et les bleus aux dépens du CD&V et, qui sait, de la N-VA.

Questions de clivage
 

La question c’est : quel clivage va structurer l’offre politique ? Le souffle éthique qui a porté l’arc-en-ciel au pouvoir en 1999 a été possible à l’époque car le clivage progressiste/conservateur a été plus mobilisateur que d’autres. Ce clivage qui structure de plus en plus l’espace public dans les pays occidentaux, est historiquement en perte de puissance chez nous (catholiques vs laïques). Mais il trouve une nouvelle expression avec une N-VA qui se réclame ouvertement du "conservatisme".

Or d’autres préoccupations, d’autres clivages montent parallèlement en puissance dans l’opinion et dans la classe politique. Il y a les classiques. Le clivage capital/travail qui reprend vigueur avec l’arrivée du PTB. Il y a le tout aussi classique nord/sud relancé avec la plus forte présence d’élus nationalistes au parlement. Il y a les plus récents qui se font une place : le clivage environnementaliste/productiviste et la fracture cosmopolite/nationaliste. Toutes les combinaisons ne sont pas possibles, mais ça fait quand même pas mal de possibilités. On peut être conservateur et environnementaliste, ou progressiste en matière éthique et plutôt libéral en économie.

Tous ces clivages divisent l’opinion et se surajoutent les uns aux autres ce qui débouche sur une fragmentation très complexe de l’opinion et donc de l’assemblée élue. Ces majorités "éthique" isolées et quasi miraculeuses démontrent surtout l’extrême difficulté pour les élus à gérer l’inextricable fragmentation de l’opinion belge aujourd’hui.


 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK