Au poker, Charles Michel fait tapis

Au poker, Charles Michel fait tapis
Au poker, Charles Michel fait tapis - © Tous droits réservés

Charles Michel reprend donc la présidence du Mouvement Réformateur à Olivier Chastel. Comment comprendre ce coup de poker? Si vous connaissez ce jeu, il y a parfois un moment quand un joueur pense avoir une bonne main ou ne sait plus comment s’en sortir parce qu'il a une mauvaise main, il fait tapis, All In. Il met tout sur la table et... advienne que pourra. Savoir perdre tout, c'est parfois le seul moyen de gagner. C’est ce qu'il se passe, Charles Michel fait tapis. 

C’est donc une clarification. Mais une clarification dans la douleur. Le scénario qui a longtemps couru était qu’il se présente à Bruxelles à la place de Didier Reynders, qui a résisté. C’est donc un peu poussé par les circonstances et les mauvais sondages qu’il opère un choix. Un choix clair. C’est lui le vrai patron qui assume tout, le bilan du gouvernement, la campagne et le résultat des élections. C’est une clarification.  Et c'est aussi, et comme souvent avec Charles Michel, une transgression des codes puisque l’usage chez nous veut qu’un Premier ministre, chef d’une coalition, ne soit pas président de parti.

Charles Michel, habitué des transgressions

Toute sa carrière est marquée par la rupture des usages. Il y a eu sa communication très offensive comme jeune ministre wallon. Il y a eu le renversement de Didier Reynders à la présidence. Il y a eu le gouvernement avec la N-VA avec un seul parti francophone. Il y a eu la chute du gouvernement et un Roi mis hors jeu. Il y a eu le gouvernement démissionnaire minoritaire et d’affaires courantes. Tout ça c’était du jamais vu. Voici donc une nouvelle pierre: le Premier ministre président de parti. Cela existe dans d’autres démocraties parlementaires comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne mais ce n’est pas du tout de tradition chez nous…

Les avantages

Faisons le tour des risques et des avantages. D’abord, Charles Michel va faire campagne avec les autres présidents. C'est une manière d'assumer puisqu'il est au coeur de toutes les critiques, que la campagne tourne beaucoup autour de lui. Son choix pourrait transformer cette campagne en référendum pro ou anti-Charles Michel. Les sondages montrent que le Premier ministre est très clivant. Il espère, au fond, que grâce à ce choix, la campagne tourne autour de lui, de son bilan, de son parti, de ses idées. 

Deuxième avantage, il redevient à 100% maître de son destin. Pour l’après 26 mai, c’est lui qui va gérer son avenir: un poste de ministre? De Premier ministre? De commissaire européen? Ou simplement de président de parti? 

Les inconvénients

Il s’expose à 100% puisqu'en cas de défaite en mai, le fusible qu’aurait pu constituer Olivier Chastel a déjà sauté. En passant, l’affaire montre une nouvelle fois la limite du casting côté libéral. Au fond, Charles Michel était peut-être le seul à être capable de défendre son bilan, à vouloir le faire ou à s’estimer capable de le faire.

L’autre inconvénient, c’est le danger de l’hyper-personnalisation, danger auquel a été confronté Elio Di Rupo après sa vie au 16. Charles Michel incarne à la fois le bilan de la coalition sortante et son parti. C’est à dire le passé et le projet d’avenir. Or, son bilan va peser très lourd car il fait débat. La clarification c’est que Charles Michel croit qu’il peut gagner une campagne sur son bilan. À part Merkel en Europe, ça fait longtemps que plus personne ne gagne sur un bilan. Revenons au coup de poker, le All In, le tapis c’est donc ce qui s’appelle un vrai pari.
 

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