Au pays du paternalisme salarial…

C’est l’élément le plus marquant de l’accord intervenu au sein du gouvernement vivaldi, la prime de maximum 500 euros net pour les travailleurs d’entreprises qui ont eu de bons résultats durant la crise. Une prime qui doit débloquer la négociation entre patronat et syndicats à propos des salaires. La Belgique choisit une fois de plus la voie du paternalisme salarial, une spécialité maison.

Le paternalisme salarial, pour faire simple, c’est le fait que le patron ou le gouvernement décide à l’avance à quoi va servir votre salaire. Cela concerne les travailleurs du privé. Pas du tout les statutaires et très peu les contractuels du service public. De quoi parle-t-on ? Des voitures de société, des chèques repas, des éco-chèques, tous ces avantages extralégaux qui visent à permettre des augmentations de salaire, sans augmentation trop importante de la fiscalité et des cotisations sociales et patronales. Tous ces moyens de contourner notre fiscalité sur les salaires conduisent à affecter une partie des salaires du privé à l’avance. Le travailleur perd une partie de sa liberté d’affecter comme bon lui semble le produit de son travail.

Quinquies

Cette prime de maximum 500 euros, si elle voit le jour, sera comme visée à l’article 19 quinquies de l’arrêté royal du 28 novembre 1969, désormais appelée " prime corona ". Mais donc, cet article 19 quinquies, décrit juridiquement le “chèque consommation”. C’est-à-dire un petit frère du chèque repas, mais avec lequel on peut acheter autre chose que des repas.

L’article 19 quinquies liste les établissements ou vous aurez le droit de dépenser votre prime. C’est-à-dire relevant du secteur Horeca ou dans les commerces de détail qui ont été contraints de rester fermés pendant plus d’un mois, les établissements relevant du secteur culturel qui sont reconnus, dans des associations sportives pour lesquelles il existe une fédération, reconnue ou subventionnée par les Communautés ou appartenant à une des fédérations nationales.

Sur le site du principal émetteur de chèque consommation, j’ai tapé mon code postal. Voici ce que je pourrais faire avec cette prime : premier résultat le "RFC Perwez", le club de foot du bled d’à côté. Je pourrais aussi aller chez "Troc Planet" ou chez "La Chaussure à semelle". Je pourrais aller au "Vent d’Ange", "Toby Vin Alcool", "Autour du Vin" ou "Lovely Secret" spécialisé dans les jouets érotiques. Il faut le dire, c’est assez étoffé, et le gouvernement propose d’élargir encore la liste.

Contrainte ?

On pourrait se dire, à première vue, que ces avantages nous offrent un choix très vaste qui couvre de nombreuses dépenses courantes. La voiture de société, beaucoup ont besoin d’une voiture, les chèques repas, on doit bien manger, les éco chèques on a besoin d’ampoules, le chèque consommation on a besoin de foot, de restos et de vins. Et pourtant, ce paternalisme salarial nous contraint à dépenser notre argent d’une certaine manière. Si votre problème à la fin du mois c’est de payer votre facture d’électricité, ou de remplir la cuve à Mazout, votre chèque consommation ne vous servira pas directement.

L’exemple vaut aussi pour les plus favorisés. Si votre volonté c’est d’épargner pour enfin réaliser votre rêve d’achat d’un camping-car et bien vous ne pourrez pas le faire, vous serez contraint d’acheter quelque chose. Alors pourquoi ce paternalisme ? D’abord parce que tous ces mécanismes évitent de s’attaquer au problème de fond, la très lourde fiscalité des salaires en Belgique.

Mais il y a peut-être à l’œuvre une autre raison, idéologique celle-là. Avec l’avantage extralégal une partie de votre salaire devient un cadeau, un avantage, un privilège qui vous permet d'échapper à l'impôt. L'impôt qui n'est plus un bien commun mais une punition, une charge. Cela induit une relation de reconnaissance envers le patron et pour les partis qui se battent pour que vous ayez droit à ces avantages. Ce mécanisme est particulièrement puissant avec la voiture de société, elle fait du bénéficiaire un privilégié plus méritant que les autres travailleurs. C’est ça aussi l’objectif du paternalisme salarial, de faire oublier les rapports de domination, de faire croire au travailleur qu'il est le gagnant du système. 















 

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