Au MR, le retour du "seul contre tous"

Bertrand Henne
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Le MR s’est donc publiquement divisé sur la question des "visites domiciliaires". Comment expliquer cette division?

Ce n’est pas la première fois que le MR se divise. On va dire qu’il y a un certain savoir-faire chez les libéraux, une certaine culture du débat qu'on retrouve moins au sein des autres partis.

Généralement, les lignes de fractures finissaient par se rejoindre autour d’un axe pro-Reynders contre pro-Michel. Un axe hérité de la très dure bataille pour la présidence du parti gagnée par Charles Michel. Or, Richard Miller, Françoise Schepmans, Christine Defraigne, ceux qui poussent le Premier ministre à reculer sont des “renaissances”, des membres du clan Michel de la première heure. Cela pourrait presque laisser penser qu’on est face à une discorde organisée, une contestation interne contrôlée qui permet au parti de préparer un pas de côté, avec des amendements au projet de loi, sans perdre la face.

Mais, d’après ce qu’on sait, ce n’est pas ce qui s’est passé. Les tensions sont réelles. La motion votée à Liège a surpris le top du MR, le communiqué du président Olivier Chastel en réponse a durci le ton des critiques. On est dans une vraie bronca. Il faut donc aller chercher ailleurs les clés de cette division. 

Conviction et stratégie

On peut l'expliquer un peu par des divergences politiques. Christine Defraigne, Richard Miller sont des tenants d’une ligne libérale “humaniste”, plus centriste. En ce sens , les critiques qui proviennent de milieux franc-maçons, académiques, des avocats commencent à peser.

Mais il faut surtout regarder dans des considérations stratégiques. Les élections approchent. A Liège, par exemple, le MR espère bien pouvoir former une majorité avec le PS, il se doit donc d’être respectable, en tous cas ne pas s’isoler, ce qui aurait été le cas si le MR n’avait pas voté la motion au conseil communal.

Rester fréquentable

Les dissidents craignent aussi les conséquences potentielles de ce projet de loi sur l’image du parti. Imaginons que ce projet passe, on se retrouverait au printemps ou à l’été, avec les premières visites domiciliaires. Imaginons qu’une caméra soit présente, qu’elle filme une scène déchirante où une famille de migrants et une famille d'accueillants sont séparées sans ménagement par la police. Pour une partie minoritaire de libéraux, l’émotion suscitée pourrait retourner l'opinion contre eux. En tous cas, c’est une crainte qui grandit.

Il y a donc une fracture entre ceux (majoritaires) qui veulent assumer la fermeté et qui jugent que c’est ce que l’opinion souhaite. De l'autre côté, ceux qui craignent que ça aille trop loin et que cela n’isole le MR avant les élections, que ça le rende “infréquentable”.

Sur fond d'élections qui approchent, c'est une guerre de l'image qui se joue aussi ici. Le projet de loi "visites domiciliaires" peut-il créer un déficit d'image aux libéraux? Ruiner les efforts du Premier ministre de labelliser sa politique migratoire "ferme mais humaine"? Ces questions sont posées aujourd'hui au sein du parti. 

Continuer ou céder? Tenir bon, seul contre tous, ou pas? C’est, au fond, une question très classique dans l'histoire du MR.
 

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