Après le bricolage, le déconfinement politique

Attention tout le monde se tait. Bart de Wever a parlé. Comme un métronome, le président de la N-VA continue de largement donner le "la" de l’agenda politique en Flandre. Parfois il dit qu’il ne faut pas interdire les rassemblements à Anvers. Parfois il dit qu’il faut interdire beaucoup plus clairement. Parfois il dit que c’est dommage qu’on ne puisse pas s’asseoir sur un banc. Aujourd’hui il dit que la N-VA veut recommencer à négocier un gouvernement fédéral en juin ou en septembre sans la domination du PS et d’ECOLO.

Et oui, il va falloir s’y habituer, si la situation commence tout doucement à être maîtrisée, si on rouvre les Bricos on peut aussi rouvrir la formation d'un gouvernement fédéral. Pas certain néanmoins que sa sortie soit bien accueillie dans l’opinion alors que le décompte de morts est toujours terrifiant.

Fin des illusions ?

Est-ce que la déclaration de Bart de Wever, met fin aux illusions d’unité ou de stabilité politique ? Non, il ne met fin à rien du tout. Il n’a pas ce pouvoir, ce qui doit d’ailleurs le frustrer. 9 partis ont voté la confiance au gouvernement Wilmès, la N-VA n’en était pas. Cela n’a rien empêché. La première ministre a promis de demander un nouveau vote de confiance en septembre. Ce n’est pas De Wever qui a dicté cet agenda-là.

Et si la N-VA ne soutient plus les pouvoirs spéciaux ? Hé bien la N-VA ne soutient plus les pouvoirs spéciaux. Les autres partis peuvent continuer.

En réalité, la déclaration de Bart de Wever est là pour rappeler au VLD et au CD&V que le gouvernement actuel n’est absolument pas normal. Il est ultra minoritaire, composé de trois partis, avec le MR qui détient la moitié des postes de ministres. C’est un gouvernement bricolé à la hâte au tout début de la crise du Coronavirus. Mais ce que dit Bart de Wever, tout le monde le sait et le dit. Aucun parti n’appelle à continuer la formule actuelle au-delà de septembre, ni du côté du CD&V, ni du côté du PS ou d’ECOLO.

Différence de perception

Côté francophone, le bricolage actuel n’est pas vraiment un problème pour l’opinion publique. Mais il faut bien se rendre compte de l’énorme différence de perception avec le nord du pays. MR, PS et Ecolo se sont concertés pour apparaître unis. Cela nous donne une illusion de consensus. Mais côté flamand on n’oublie pas que le PS a fait échouer au dernier moment un gouvernement avec la N-VA.

Lisez par exemple un des derniers articles de l’influent site nationaliste Doorbraak, “L’après coronavirus sera plus dommageable et plus meurtrier que le virus de Wuhan, car notre reprise économique et sociale est laissée aux politiciens wallons et aux communistes verts flamands.”

Pour la nuance on repassera. Mais il faut constater la pression qui pèse sur les partis flamands. Il faudra passer à autre chose au nord du Pays. Tous les partis s'y préparent d'ailleurs. Et là, pas de scoop. Soit on se dirige vers un gouvernement classique avec les 8 ou 9 partis qui ont voté la confiance au gouvernement Wilmès, donc sans la N-VA. C’est la fameuse Vivaldi. Soit on négocie une formule avec la N-VA. Mais on voit mal comment les francophones pourraient accepter aujourd’hui ce qu’ils ont refusé hier.

 Avec ou sans la N-VA. Le coronavirus n’aura pas eu raison de cette question quasiment existentielle…

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