Anvers n'est pas Barcelone

Les nationalistes flamands ont beaucoup réagi à la décision de Madrid de condamner 9 nationalistes catalans. Mais la question catalane est un sérieux casse-tête pour eux. Car les séparatistes catalans, ne constituent pas ou plus un modèle pour la N-VA. La relation est très ambiguë entre Anvers et Barcelone. Bien sûr, cette décision disproportionnée de la cour suprême espagnole a pour effet de resserrer les liens dans la famille. Le romantisme nationaliste trouve un carburant puissant dans l’emprisonnement de ses martyrs. Le sentiment d’injustice est le plus court chemin vers l’engagement nationaliste. C’est vrai à Anvers ou Barcelone. Mais, pourtant, le cas Catalan est un contre-exemple pour la N-VA.

Nationalisme populaire

Anvers n’est pas Barcelone. La N-VA n’oserait jamais organiser ni même demander un référendum sur la scission. En tout cas pas maintenant. Ce sont plutôt ses adversaires qui le demandent parfois, afin de pousser les nationalistes dans leurs retranchements. Bart de Wever le sait très bien. Selon les enquêtes universitaires les plus récentes l’idée d’une Flandre indépendante ne séduit qu’entre 5% et 10% des Flamands. Ces chiffres peuvent évoluer. Mais depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il n’y a jamais eu de base populaire, de base sociologique en Flandre pour l’indépendance. Anvers regarde Barcelone ou Glasgow avec envie mais peut difficilement s’y comparer. En tout cas pas pour l’instant.

Anvers n’est pas Barcelone. La Flandre a largement été entendue par l’Etat Belge ces 40 dernières années. Pas assez bien sûr pour le mouvement flamand, mais beaucoup quand même. Le processus de négociation parfois chaotique a existé et existe toujours. Et puis surtout, à la différence de tous les peuples réclamant l’autonomie face à un état central, la Flandre est majoritaire.

Stratégie divergente

Anvers n’est pas Barcelone. Si les Catalans pratiquent un très classique nationalisme de scission, la N-VA pratique un nationalisme de succion. L’idée est de vider l’Etat central de sa substance, en y occupant le pouvoir ou en régionalisant ses compétences. La force d’un nationalisme de scission c’est de pouvoir dire : si on n’obtient pas l’autonomie de l’Etat central, on s’en va et le peuple nous soutiendra. La N-VA n’a pas cette force. Son seul chantage c’est de rendre l’Etat ingouvernable et inefficace s’il n’y a pas plus d’autonomie. C’est beaucoup moins romantique, et le risque est d’apparaître comme irresponsable.

Anvers n’est pas Barcelone. La N-VA se comporte comme un parti nationaliste qui aurait triomphé, et qui disposerait de son propre Etat. Comme un parti conservateur classique au Etats-Unis ou en Pologne. Or, les partis nationalistes qui ont leur Etat deviennent forcément unionistes (et refuse le plus souvent d’accorder des droits pour les minorités).

Anvers n’est pas Barcelone. La N-VA siège d’ailleurs au Parlement européen avec des nationalistes unionistes. Des conservateurs polonais, des conservateurs britanniques (pour quelque temps encore) ou l’extrême droite Espagnol de VOX. Des formations conservatrices mais aussi nationalistes qui s’opposent résolument à la sécession de leur Etat-nation. L’exemple de VOX est similaire à celui du Front National. Partout et même en Catalogne, l’extrême droite est unioniste. En Flandre par contre elle est séparatiste. Hier Tom Van Grieken, le président du Vlaams Blok a été très net sur Twitter, s’ils sont majoritaires en 2024, le Vlaams Belang et la N-VA déclareront l’indépendanceBart de Wever ne peut pas le suivre. Il sait qu’il prendrait le risque de revenir en arrière. En 2005, à la N-VA des débuts qui peinait à franchir le seuil des 5%.

Anvers n’est pas Barcelone. Au parlement les nationalistes n’ont jamais été aussi puissants, ils sont presque majoritaires. Ils peuvent presque toucher leur rêve du doigt. Mais s’ils se penchent, ce sera la chute. A la différence de leurs frères catalans, les députés N-VA n’ont pas été élus pour déclarer l’indépendance, ils n’ont même pas fait campagne sur ce thème. Ils ont été élus pour gouverner la Belgique a droite, au profit unique de la Flandre. A défaut de résultats, ils peuvent espérer que l’idée de l’indépendance s’impose, un jour. Mais Anvers est encore très loin de Barcelone.

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