Allocations familiales : le spectre de l'irresponsabilité

Allocations familiales : le spectre de l'irresponsabilité
Allocations familiales : le spectre de l'irresponsabilité - © Tous droits réservés

120 000 familles wallonnes n’ont pas encore reçu leurs allocations familiales. Politiquement, c’est un moment très délicat. C’est un "fail" qui va coûter politiquement à J-104. Prenons les choses dans l’ordre. Au front dans cette affaire, la ministre de l’Action sociale Alda Greoli. Elle joue gros sur cette affaire, son parti le cdH également puisque la politique de soutien aux familles est un de ses marqueurs historiques. Ce 8 février était le premier jour où la Région wallonne devait verser elle-même les allocations familiales puisque la compétence est régionalisée. C’était un jour important, il ne fallait pas se louper. On n’est pas en face d’un super fail, le système n'a pas complètement buggé. Mais 120 000 familles auront leurs allocations avec retard. 

Des sanctions? 

Alda Greoli a très vite haussé le ton, demandé des comptes à son administration et à Belfius. Pour l’instant, les deux se rejettent la balle. Or, en politique, ce n’est pas possible. L’absence de responsabilité est toujours une irresponsabilité. Et ce sera Alda Greoli l’irresponsable.

Elle va donc devoir sanctionner pour éviter ça. Si l’erreur vient de l’administration comme le prétend Belfius, alors la directrice de Famiwal, la socialiste Françoise Abad Gonzalez, risque sa place. Si Belfius finit par reconnaître une erreur, la situation sera plus simple à gérer, il suffira de taper sur Belfius.

L'image de la région en jeu

C’est de toute façon mauvais pour l’image de la Région wallonne. Car quand la compétence était gérée par le fédéral ce genre de chose n’a pas dû arriver souvent. Les allocations familiales sont une institution qui inspire beaucoup de confiance. C’est simple, c’est universel, tout le monde y a droit au nord comme au sud, presque pas de démarche à effectuer, c’est un métronome des ménages. Mais tout change. En 2020, les montants seront différents entre nord et sud.  Il y aura également plus de corrections sociales en fonction des revenus. L’élément qui restait était le caractère de métronome qui vient d’accuser le coup. Il faut se rappeler que cette régionalisation, dont les francophones ne voulaient pas, a été vendue comme indolore "pour vous rien ne changera".

Or, cette affaire met à mal ce discours. La continuité du service public n'a pas été assurée et c’est bien la régionalisation qui a créé les conditions du dysfonctionnement. Et il faut bien mesurer l’enjeu. Les allocations familiales en Belgique sont considérées comme le premier rempart contre la pauvreté. Un rempart qui tout d’un coup, et pour la première fois, se fait attendre.

Confiance en berne

La confiance dans les institutions risque de s’étioler un peu plus. Oui un peu plus. C’est qu’on touche ici au service de base de l’État. On touche à des éléments qui relèvent de l’évidence du service public, comme le fait que les routes soient entretenues ou que les enfants soient accueillis à l’école. À chaque fois que ces missions de base sont affectées par un dysfonctionnement, ce sont les acteurs politiques qui en souffrent. C’est ce qu’on peut déduire du dernier baromètre de l’Institut wallon de la statistique. La note de confiance dans l’école, la police, l’administration, la justice, en bref les services publics, est beaucoup plus élevée qu’envers les acteurs politiques et les partis qui eux sont en chute libre et paient la facture.

Comment interpréter cette différence? A mon sens, les Wallons et les Wallonnes ne perçoivent pas les acteurs politiques comme responsables d'une faillite généralisée de leurs institutions comme cela a parfois été dit. C'est plutôt qu'une majorité de citoyens perçoivent les politiques comme irresponsables face aux enjeux. C'est d'ailleurs largement le sens des manifestations climat. 

Dans cette affaire, le pire n'est donc pas qu'il y ait eu un couac. C'est que personne n'en soit responsable. Si la situation perdure, ce serait perçu comme un défaut d'autorité de la part du politique, de la part de la ministre Alda Greoli en particulier qui paierait la facture.


 

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