Allocations familiales, la fin d'un mythe

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Bruxelles était la dernière région à ne pas avoir défini son régime d’allocations familiales. C'est désormais chose faite. C’est la fin d’une époque, la fin d’une politique nataliste, la fin aussi d’un mythe, celui d’un régime qui était devenu quasiment universel. Une sorte d’allocation universelle avant l’heure. Quasiment mais pas totalement bien sûr puisque seuls les ménages avec enfant(s) sont concernés et qu'il existe des régimes spécifiques.

Aujourd’hui, fini les allocations qui privilégient le repeuplement. Fini aussi l’universalité puisque le régime est différent selon les régions et qu’à Bruxelles surtout il est assorti de compléments en fonction des revenus. Quand on dit partout qu’un enfant égale un enfant, c’est faux. Ce n’était déjà pas le cas avant, c’est encore moins vrai aujourd’hui.

La fin d'une époque ? 

La fin d'une époque mais peut-être aussi un certain retour aux origines. Il faut déconstruire le mythe. Historiquement, les allocations familiales sont financées par les cotisations des employeurs et des salariés et ne sont versées qu’à ceux qui ont cotisé. Contrairement à ce qu’on croit souvent, les allocations familiales ne sont devenues “universelles” (les guillemets sont très importants) qu’au début des années 70. Si on remonte à l’origine, les allocations familiales voient le jour en 1930, en pleine période de conquête sociale. La loi instaure une allocation pour tous les travailleurs salariés. À la base, elles n’étaient accordées que par certains patrons à leurs ouvriers.  Il faudra attendre 1937 pour que les indépendants soit concernés, en 65 pour les fonctionnaires, en 68 pour les chômeurs.

Lutte contre la pauvreté

L’histoire des allocations familiales, c'est l'histoire d'une longue évolution. Celle d’une assurance sociale (comme le chômage) qui est censée lutter contre la pauvreté à une allocation de soutien presque qu’universelle à la parentalité.

Avec la régionalisation, on revient quelque part un peu à l’objectif initial de lutte contre la pauvreté. Mais on gomme le côté universel avec notamment des différences plus fortes en fonction des revenus. C’est d’ailleurs particulièrement le cas à Bruxelles où les différences en fonction des revenus sont plus marquées qu’en Wallonie ou qu’en Flandre. L’aspect soutien à la parentalité reste lui plus marqué dans les deux grandes régions.

Ces régimes différents doivent permettre de mieux coller au terrain, à la réalité des familles (notamment monoparentales) ce qui va permettre de rendre le régime plus efficace, plus moderne. Mais avec un risque de perdre l’aspect consensuel des allocations familiales. C’est un des rares régimes de solidarité collective qui est peu remis en cause. Il est soutenu très largement dans la population et par les différentes forces politiques. Ce soutien est largement dû à l’aspect “universel”. Plus le régime se différencie, plus il se spécifie, se conditionne plus, il risque de perdre son évidence et sa solidité. À force de vouloir le rendre plus juste, toujours plus lié aux revenus, on risque aussi de le rendre moins fort...

 

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