Affaire Boël, la gêne nationale

Affaire Boël, la gêne nationale
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Delphine Boël est la fille d’Albert II. Ce n’est pas une surprise. Ce qui est une surprise c’est qu’Albert II reconnaisse enfin sa fille. Enfin, reconnaître c’est un grand mot. Il reconnaît le résultat du test ADN exigé par la justice. C’est très différent. Que dit le communiqué royal? Albert II dit "avoir pris connaissance du résultat du test". 

Il dit que "les conclusions scientifiques établissent qu’il est le père biologique". Puis vient un passage ou le roi explique qu’il y a "des arguments pour justifier qu’une paternité légale n’est pas le reflet d’une paternité biologique", mais qu’il ne les utilisera pas, "mettant terme dans l’honneur et la dignité à cette procédure pénible".

Ensuite un passage ou Albert II explique n’avoir été en rien mêlé à l’éducation de Delphine. Ensuite un passage ou il déplore qu’après 40 ans Delphine ait entamé une procédure longue et douloureuse qui n’a pas respecté sa vie privée.

Voilà, "le roi a donc pris connaissance". Mais la connaissance et la reconnaissance ce sont des choses bien différentes. Car face à l’opinion publique, il dit avoir découvert être le père grâce au test. La vérité scientifique reconnue n’entame pas sa vérité à lui. Comme si l’imaginaire qu’il s’est construit restait aussi vraisemblable que la vérité scientifique. Ce relativisme qui affleure du communiqué est pathétique. Ce sont les paroles d’un homme qui à force de s’être menti durant des années continue encore à s’accrocher à des lambeaux de mensonge.

Gêne publique

L’affaire Delphine suscite un sentiment de gêne publique. Il est gênant de voir ainsi un homme à genoux, pris en flagrant délit de mensonge continuer à s’enfermer dans le déni. Car, le problème de toute cette affaire, ce n’est pas l’adultère, ce n’est pas l’enfant caché. La Belgique n’est plus en 1950. Aujourd’hui ces faits ne valent plus de condamnation morale unanime.

Ce qui gêne, ce qui pose problème, c’est le mensonge, le déni, le non-dit. Roland Barthes disait:

Je sais que tu sais que je sais : telle est la formule générale de la gêne.

Tout le monde savait. Tout le monde savait qu’Albert II savait. Et lui, il savait que nous savions. La formule générale de la gêne est appliquée.

Il est gênant d’être ainsi mêlé contre notre gré à une affaire intrafamiliale. Oui c’est gênant d’être ainsi dans une position de voyeur. Mais puisque nous visons dans un pays qui a décidé d’incarner la continuité de l’Etat à travers une famille, le privé est donc en partie public. Nous sommes constitutionnellement des voyeurs. Nous voyons que cette affaire n’est pas notre affaire mais qu’on n’a pas le choix, c’est le Roi.

Exemplarité

A travers cette affaire, nous voyons toute la charge de la monarchie. Tout ce qu’elle oblige. Elle oblige à l’exemplarité, à la conformité à un modèle familial mythique. Un modèle profondément inauthentique. Certains philosophes diront que la monarchie est de l’ordre imaginaire, du fictionnel. 

L’affaire Boël dévoile la fiction. La fiction dans laquelle s’est enfoncée Albert II, et derrière lui la fiction de la monarchie comme modèle. Une mise à nu qui suscite une gêne nationale.