AfD: peut-on utiliser le qualificatif de "nazi" ?

Choisir ses mots. Trop forts c’est être caricatural, excessif, ridicule, avec le risque que la polémique ne se retourne contre vous. Trop faibles c’est ne pas être à la hauteur des enjeux, ne pas tirer les leçons de l’histoire. Sombrer dans une forme de relativisme ou d'indifférence. Somnoler et prendre le risque de se réveiller trop tard. On l’a bien vu la semaine dernière avec Theo Francken, convoquer l’histoire et invoquer le nazisme est à double tranchant. Cela électrise le débat, on sort ses points Godwin, on exige des excuses et finalement on ne parle plus du fond. Ce matin, on voudrait donc éviter les grandes phrases et s'arrêter sur des faits et des déclarations.

Oui l’AfD a connu une ascension record. Obtenir 13% des voix 4 ans après sa création démontre que ce parti capitalise sur un rejet de la classe politique traditionnelle. Oui ses dirigeants ont un positionnement ambigüe sur la fascisme. Alexander Gauland l’un de ses leaders a estimé que les allemands devaient arrêter de culpabiliser et qu'ils pouvaient être fiers, oui fiers, du travail de la Wehrmacht, en 39-45. Il a aussi estimé que l’ouverture d’Angela Merkel provoquait l’extermination, oui extermination, du peuple allemand. Alors oui ce positionnement, cette rhétorique et cette ascension nous rappellent celui du parti nazi. Si on veut faire l’exercice intellectuel il suffit de remplacer les mots réfugiés, musulmans ou islam dans les discours d’aujourd’hui par les mots cosmopolites, israélites ou juifs des discours d’hier … on aura fortement la sensation d’être revenus dans les années 1930.

Pourtant l’AfD ne se présente pas comme un Parti nazi

Bien sûr que non. On est pas du tout dans les milices comme celle du parti Jobbik en Hongrie, qui organise carrément des défilés paramilitaires. Si vous allez sur le site internet de l’AfD, vous tombez sur un fond bleu clair, sur lequel se détache le logo, un sorte de flèche rouge qui part vers le haut. À priori, la page d’un parti comme beaucoup d’ autres. Des photos de foule brandissant des drapeaux allemands, avec un gigantesque "merci l'Allemagne". L’annonce d’une conférence de presse pour commenter les résultats et que les militants pourront suivre en ligne, sans passer par les médias traditionnels. Et des slogans électoraux  "pour un Pays dans lequel nous les allemands, nous pouvons vivre avec bonheur" ou encore "récupérez votre Pays". L’AfD a joué sans complexe sur l’idée que l’Allemagne était en train d'être confisquée par les réfugiés, et qu’une immigration essentiellement musulmane était une menace pour la culture allemande. Mais au départ c’était surtout un mouvement eurosceptique. Le racisme, l’islamophobie s’y sont greffé en cours de route. Vous ne trouverez évidement pas de référence à Adolf Hitler ou au SS.

L’AfD n’est pas au pouvoir. Ne sommes nous pas en train d'exagérer le danger ?

D’abord il faut entendre les dirigeants de l’AfD. Leur objectif est désormais de remporter les élections de 2021. Ensuite il faut prendre conscience qu’un groupe de près de 90 députés au Bundestag aura un impact sur la politique allemande. Ces députés vont chahuter, vociférer, profiter de la scène qui leur est offerte. Pour ne pas leur laisser trop d’espace la nouvelle coalition devrait durcir sa politique. Glisser vers la droite. Si vous regardez ce qui s’est passé chez nous, la poussée du Vlaams Belang, il y a 15 ans, a eu exactement le même impact.

Les thèmes de la sécurité, de l’immigration et parfois  de l’identité flamande ont été intégrés par les partis démocratiques. "Un pays ou les allemands vivent avec bonheur ", cela rappelle furieusement "le pays où les flamands se sentent chez eux" qu'on pouvait lire à l’entrée de certaines communes. Ne faisons pas la leçon aux allemands. Parce qu'en matière d’égoïsme et de rejet de l’autre, aucun pays d'Europe ne semble réellement immunisé.

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