À Bruxelles, un nouveau gordel

A Bruxelles, un nouveau gordel
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Le dossier du péage urbain à Bruxelles est une nouvelle fois sur la table. L'administration régionale a présenté un projet. Voilà le bébé : un système qui serait appliqué à toutes les voitures qui roulent dans Bruxelles, qui tient compte du nombre de kilomètres parcourus, de la cylindrée du véhicule, du moment (heure de pointe ou pas). Bref un système dit “intelligent”.

Précision importante pour les automobilistes immatriculés à Bruxelles, ce système remplacerait l’actuelle taxation automobile. La taxe de mise en circulation qu’on paie une fois et la taxe de circulation qu’on paie chaque année. Pour les autres, ce serait une taxation supplémentaire.

Alors chacun fait ses petits calculs, l’Echo par exemple calcule que pour une Golf de petite cylindrée qui roulerait 200 jours par an à Bruxelles ce serait 360 euros par an. Ce qui pour un Bruxellois équivaut à peu près aux taxes actuelles. Par contre, une grosse Audi pourrait payer 1500 euros par an. Mais attention là aussi la taxation actuelle d’une grosse cylindrée est très lourde. L’objectif pousser les automobilistes, surtout extérieurs à Bruxelles, vers les transports en commun, le télétravail ou le covoiturage. L’objectif, la qualité de vie à Bruxelles, mais aussi éviter la fuite des classes moyennes vers la périphérie C’est un enjeu déterminant pour la capitale.

Conflit entre régions

Pour l’instant ce péage urbain est très mal vu des Flamands et des Wallons et pour des raisons d’abord culturelles et historiques. Le nord a mené un combat acharné pour que Bruxelles soit enclavée en Flandre. Que Bruxelles soit entourée d’une ceinture de communes flamandes résistantes à la francisation. Une ceinture de protection linguistique contre la tache d’huile francophone, een "Gordel" devenu folklore cycliste.

Or à quoi assiste-t-on ? A une inversion du Gordel. C’est aujourd’hui Bruxelles qui va dresser un gordel symbolique autour d’elle pour garder ses habitants plus aisés chez elle. Une région Bruxelloise qui confirme par un péage physique sa volonté de se limiter à 19 communes, voilà qui devrait réjouir la Flandre. Mais, il est vrai que ce nouveau gordel va aussi rendre la vie plus chère aux navetteurs flamands et entreprises flamandes de Bruxelles.

Dans le Sud c’est l’inverse, les Wallons se sont battus pour la reconnaissance de la région, ils se sont aussi battus pour le refinancement de la capitale et se sont montrés solidaires. Tant bien que mal (souvenez-vous de BHV) ils se sont battus contre le Gordel, l’isolement de Bruxelles.

En contrepartie les Wallons bénéficiaient des emplois et de l’attractivité économique de la Capitale. Maintenant que Bruxelles est refinancée, se porte mieux, voilà que la capitale instaure une ceinture autour d’elle. Pour certains responsables politiques wallons ce péage urbain est ingrat, déloyal et presque injurieux en regard de l’histoire. Pourtant les Wallons pourraient aussi estimer que ce péage va favoriser l’installation d’entreprises et de leurs travailleurs chez eux.

On le voit, ces aspects culturels sont, par nature irrationnels et avares en cohérence. Mais ils jouent à plein dans ce dossier.

Comme le RER ?

Ce dossier à tout du serpent de mer de type RER. Si le RER traîne dans ce pays c’est parce que chacun a cru (et croit toujours) que ce n’était pas vraiment son intérêt. Les Bruxellois craignaient la fuite plus rapide encore des classes moyennes. Les Wallons et les Flamands s’en accommodaient assez bien. Et bien sûr, les compétences étaient complètement enchevêtrées entre les différents niveaux de pouvoirs.

Grande différence avec le RER, la région bruxelloise pourrait décider seule. Les régions sont compétentes en matière de taxe de circulation. En cas de contestation des autres (notamment en cas de double imposition) ce sera conseil d’État et Cour constitutionnelle. Bref, un conflit de plus entre les régions. A moins que ce ne soit un pied dans la porte pour pousser les deux autres régions à entrer elles aussi dans la voie de la "tarification intelligente". En étendant le principe à l’ensemble du pays, le péage ne serait plus urbain mais généralisé et adapté en fonction des réalités régionales et même locales. Si ce n’est la volonté politique Région bruxelloise c’est l’évolution rapide du parc automobile qui poussera les autres régions à revoir leur fiscalité. Parfois, le conflit peut conduire à des solutions. Parfois…



 

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