A Alost, la limite de la dignité politique est atteinte

A Alost, la limite de la dignité politique est atteinte
A Alost, la limite de la dignité politique est atteinte - © Tous droits réservés

Le bourgmestre N-VA d’Alost ne veut plus que les hôpitaux de sa ville prennent en charge des patients bruxellois victimes du coronvirus. La solidarité a ses limites dit-il. Cette annonce a suscité pas mal de réactions.

Mais d’abord que se passe-t-il ? Les hôpitaux bruxellois font face à un afflux de patients covid. L’hôpital UZ Brussel de Jette par exemple tire la sonnette d’alarme et active le plan de répartition. L’objectif est de pouvoir continuer à fonctionner normalement le plus longtemps possible grâce à la solidarité hospitalière. Certains patients sont répartis vers Gand, Malines ou Alost, des régions qui sont actuellement moins touchées.

La limite est atteinte

C’est là qu’intervient Christophe D’Haese, bourgmestre N-VA d’Alost. Il est aussi président du conseil d’administration d’un des deux hôpitaux de la ville et chef de la cellule de crise. "Bien sûr les gens doivent être aidés mais il y a des limites à la solidarité médicale et je pense que cette limite est maintenant atteinte", explique-t-il.

Le problème est-il réel ? Alost est-elle submergée par les patients bruxellois ? D’après le porte-parole de l’hôpital dont Christophe D’Haese est président la réponse est non. Chris Van Raemdonck explique que : "La capacité n’est pas dépassée par des personnes venant de Bruxelles". D’après les autorités fédérales, ce n’est pas le cas non plus l’autre hôpital de la ville.

Des conséquences sur les finances

Bref, le problème de saturation n’est pas du tout établi clairement à Alost. Mais alors qu’est-ce qui pose problème ?

Sur le site de la VRT, le bourgmestre avance lui-même une autre explication. "Les interventions habituelles se dégradent en raison de la crise corona. Les interventions sont reportées et le Covid prend plus de place, ce qui a des conséquences sur les finances", dit le bourgmestre.

Les finances donc. Les transferts de patients bruxellois se rajoutent dans son esprit aux transferts financiers du Nord vers le Sud, à cette solidarité que la N-VA veut voir diminuer le plus possible.

Réactions

Parmi les réactions, celle de l’hôpital UZ Brussel. Son directeur s’étonne et rappelle le principe de base de la solidarité hospitalière. Celle aussi du virologue Steven Van Gucht qui rappelle que cette solidarité est cruciale pour que les hôpitaux puissent continuer à fonctionner le plus normalement possible.

Au rayon politique, une réaction à pointer, celle de Bart Somers, VLD, bourgmestre de Malines: "J’espère que Malines sera toujours disposée à prendre en charge des patients d’autres villes. Que nous ne sombrerons jamais aussi bas pour envisager d’abandonner nous-mêmes les malades. Je crois en une Flandre meilleure et plus accueillante."

L’affaire n’est donc pas tant médicale que financière et politique. Elle révèle la volonté atavique de certains élus nationalistes de devoir protéger la communauté des Flamands contre les autres, les Bruxellois, qu’ils soient francophones ou non. Une volonté qui ne reconnaît de solidarité qu’interne à la communauté. La volonté que le slogan du Belang a très bien résumé : "Eigen Volk Eerst", notre peuple d’abord.

Cette volonté ne s’encombre pas des faits. Elle oublie que de nombreux Flamands profitent de la qualité de l’offre médicale bruxelloise, en particulier des hôpitaux universitaires qui y sont concentrés. 30% des patients à Bruxelles ne seraient pas bruxellois.

Tache d’huile

Il est trop tôt pour dire si l’attitude du bourgmestre d’Alost va faire tache d’huile. Pour l’instant, il est très isolé. Le contexte est explosif. Car les chiffres de l’épidémie sont têtus. Il y a près de 1000 patients covid dans les hôpitaux en Belgique. Et rien n’indique une tendance à la baisse.

Ce qui n’arrange rien, c’est que pour l’instant cette deuxième vague est surtout virulente au sud du pays. Le Standaard publie une carte aujourd’hui avec le taux d’incidence du virus. Presque uniformément en rouge vif en Wallonie et à Bruxelles, tandis qu’au nord survivent quelles larges taches roses.

Si la situation n’est pas reprise en main rapidement par l’autorité fédérale, il est possible qu’il y ait demain d’autres Christophe D’Haese. En tout cas, à Alost, ce n’est pas la limite de la solidarité médicale qui a été atteinte, c’est la limite de la dignité en politique.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK